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L'injustice monétaire

mardi 10 mai 2011 à 20:28

Dans un récent billet, je défendais l’idée d’un dividende universel. Je voudrais maintenant m’attarder sur le problème central à l’origine de cette proposition : le mécanisme actuel de la création monétaire.

EDIT 2016 : Bien que ce mécanisme de création monétaire par le crédit me dérange, je dois bien reconnaître que ma compréhension de la monnaie était (est) trop insuffisante pour soutenir les affirmations de ce billet. C’est plus compliqué que cela :

L’argent e(s)t la dette

On parle beaucoup d’une de ses conséquences (surtout en ce moment) : la dette publique.

Si nous n’avons aucune idée de son fonctionnement, nous pouvons penser que nous dépensons trop, et qu’il serait bon de songer à rembourser cette fichue dette. Sans explications, devant le compteur de la dette nationale défilant à toute allure en bas d’un écran de télévision pendant un JT, les téléspectateurs croient sans doute qu’une politique de rigueur est nécessaire, car après tout, il est bien naturel rembourser ses dettes. Quelle arnaque ! Si nous remboursions nos dettes, il n’y aurait plus d’argent : l’argent provient de la dette. Au seul bénéfice des banques.

Posez-vous la question : comment est-il possible que nous soyons tous (les ménages, les entreprises, les États) endettés en même temps ([certains jusqu’à la “faillite”][]), alors que nous créons toujours plus de richesses ? Envers qui sommes-nous tous endettés, et pourquoi ?

Création d’argent ex nihilo

Voyons comment tout cela fonctionne.

Pour plus de détails, voir ce billet.

Lorsqu’une banque accorde un crédit à un client (par exemple pour acheter une maison), elle ne lui prête pas l’argent qu’elle a : elle le crée (par une opération comptable). Le client va ensuite lui rembourser, sur plusieurs années, grâce à sa dure labeur, l’argent qu’elle lui a “prêté”, avec des intérêts. Au fur et à mesure du remboursement du principal, l’argent est “détruit” (de la même manière qu’il a été “créé”, c’est la raison pour laquelle il n’y aurait plus d’argent si nous remboursions nos dettes), mais il reste les intérêts, qui eux, sont au seul profit de la banque (qui sont des intérêts sur de l’argent qu’elle n’avait pas !). Il n’est d’ailleurs possible de lui payer qu’en récupérant, grâce à son travail, l’argent issu d’autres prêts effectués (indirectement), puisque (presque) tout l’argent vient de la dette. Déjà, l’injustice est flagrante : une banque privée crée de l’argent à son profit à partir du travail des autres, sans rien faire (à part manipuler une base de données).

Mais ce n’est pas tout, en créant de l’argent, la banque augmente la masse monétaire, donc dévalue la monnaie déjà en circulation. L’important, ce n’est pas la valeur que l’on possède en €, c’est la part que cette valeur par rapport à tout l’argent en circulation. Ainsi, augmenter la masse monétaire à son seul profit équivaut à “voler” une (toute petite) part de l’argent que possède chacun. La population, qui ne profite pas de cette création monétaire, doit donc travailler toujours plus pour “récupérer” cet argent et payer des intérêts toujours plus importants à ceux qui le leur prend.

Et globalement, cela pose un problème de remboursement : le total prêté à tous vaut P (le principal), et il faudra rembourser P+I (avec les intérêts). Sauf que lorsque tout l’argent provient du crédit, l’argent des intérêts n’existe pas, il serait impossible de les rembourser maintenant. Ce qui le permet, c’est simplement le décalage dans le temps du remboursement, rendu possible grâce à la croissance (c’est-à-dire lorsqu’il y a plus de nouveaux prêts effectués pour rembourser les anciens). Sans croissance ce système inique s’écroule. Il faut donc une production toujours plus importante uniquement pour “rembourser” (en fait, “donner” serait plus juste) les richesses créées aux banquiers. Ainsi, ceux qui créent les richesses sont endettés envers ceux qui créent l’argent.

Beaucoup s’étonnent des inégalités qui augmentent, et s’en prennent soit aux patrons, soit aux “assistés”. Mais la cause des inégalités, c’est le mécanisme de création monétaire. Il faut que la création monétaire soit distribuée à chacun.

La dette publique

Depuis la réforme de 1973 et son article 25, la France a l’interdiction d’emprunter son argent directement auprès de la banque centrale, sans intérêts. Elle doit donc l’emprunter, avec intérêts, aux banques privées, qui elles, ont le droit de “créer l’argent”.

En 1992, cette règle est inscrite au niveau européen dans l’article 104 du traité de Maastricht (qui est repris par l’article 123 du traité de Lisbonne en 2007) :

Article 104 :

  1. Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales”, d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la BCE ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.
  2. Le paragraphe 1 ne s’applique pas aux établissements publics de crédit qui, dans le cadre de la mise à disposition de liquidités par les banques centrales, bénéficient, de la part des banques centrales nationales et de la BCE, du même traitement que les établissements privés de crédit.

Voilà d’où vient la dette qui augmente inexorablement : l’État est obligé d’emprunter son propre argent avec intérêts auprès d’acteurs privés.

Constatez l’évolution de la dette publique avec et sans intérêts depuis 1979 (source) :

dette-publique

Réformes d’austérité

Des réformes sont prévues pour lutter contre les déficits, sans remettre en cause ce système inique.

En France, la réforme constitutionnelle contre les déficits a pour but de parvenir à l’équilibre budgétaire (heureusement, elle ne devrait pas passer, l’UMP ne devrait pas réunir une majorité de 3/5e). Cela paraît pourtant presque naturel de ne pas dépenser plus que ce que nous avons. Mais à la lumière de l’injustice de la création monétaire, nous pouvons sans peine imaginer les impacts pour les finances de l’État et de la Sécurité sociale si le principe d’équilibre budgétaire avait une valeur constitutionnelle.

Au niveau européen, le “Pacte pour l’Euro” annonce une grande braderie sur les droits sociaux.

Commentaires sur le revenu de base

Je profite de ce billet pour vous livrer quelques commentaires sur le revenu de base et son financement.

Présentation

Le revenu de base désigne le versement d’un revenu inconditionnel à chaque citoyen pour satisfaire ses besoins primaires.

Ce concept peut paraître étrange, selon la manière dont on le présente. J’ai l’impression que, face à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler, si je dis :

Je suis favorable à un revenu de base, un revenu versé tous les mois permettant de vivre sans emploi rémunéré.

l’idée sera difficilement acceptée, tellement elle semble illogique lorsque nous avons intégré la fameuse “valeur travail” (ou plutôt “valeur emploi”) : pourquoi gagnerait-on de l’argent sans travailler ?

Par contre, si je dis :

Lorsqu’on augmente la masse monétaire (“on crée de l’argent”), comment cela doit-il se passer : on donne tout cet argent créé à quelques acteurs privés et rien aux autres, qui devront le gagner et l’emprunter avec intérêts à ceux qui en bénéficient, ou alors on distribue cette augmentation à tout le monde équitablement ?

je pense que la personne prendra plus facilement conscience qu’un revenu non-issu du travail est naturel, que ce n’est pas une aumône (demander de l’argent sans rien faire simplement parce qu’on en a envie), mais un dû, dont actuellement nous sommes privés injustement.

Financement

Je suis très étonné que certains proposent un financement du revenu de base sans remettre en cause la création monétaire privée.

J’ai peut-être manqué quelque chose, mais je trouve absurde d’uniquement redistribuer les richesses au sein de la population, si nous laissons en place l’énorme redistribution de toute la population vers les banques. Je ne dis pas que le dividende universel suffirait à financer un revenu de base (je n’en sais rien), mais financer un revenu de base sans dividende universel me paraît aberrant.

J’aime beaucoup l’analogie d’[Étienne Chouard][] (vers 8mn30) :

C’est comme si on avait une inondation, un robinet qui coule à fond, il y a de l’eau partout. On est tous là avec des serpillères à éponger, et personne ne ferme le robinet.

Conclusion

Le système monétaire actuel est injuste. Il explique à mon avis une grande partie des problèmes de société (dette publique, inégalités, précarité, retraites…), et les personnalités politiques se disputent entre eux sur certaines conséquences sans jamais s’attaquer à la cause.

Je pense que les choix politiques sont trop importants pour être confiés à des politiciens.

Flattr est une arnaque

vendredi 8 avril 2011 à 12:09

flattr

Principe

Flattr est un système de micro-paiement permettant de rémunérer les auteurs des contenus sur Internet. Le principe est simple : chaque mois, l’utilisateur choisit la somme qu’il va donner (avec un minimum de 2€). Lorsqu’il tombe sur un site qui supporte Flattr, il a la possibilité de cliquer sur un bouton indiquant qu’il apprécie son contenu. À la fin du mois, la somme qu’il a versée est répartie entre les auteurs des différents contenus qu’il a appréciés (moins la commission que prend Flattr, 10% des versements effectués).

Ce principe est très séduisant, car avant cela il n’était pas possible facilement de donner de petites sommes à plein d’auteurs.

Mais malheureusement, il y a une arnaque dans le système.

10% de commission

Flattr prélève 10% des sommes versées. Dit comme ça, on a l’impression que ce n’est pas grand chose : si je mets 2€, 0,20€ leur seront destinés, et 1,80€ seront pour les auteurs, rien de très choquant à première vue. Sauf que globalement, cela leur permet juste de récupérer quasiment tout l’argent injecté.

Je vais tenter d’expliquer pourquoi.

De l’argent disparaît chaque mois

Afin de bien discerner comment se comporte l’argent injecté (vers où il va surtout), décidons pour les besoins de la démonstration qu’aucun argent neuf n’est rajouté chaque mois. Le premier mois, chacun verse une somme quelconque (pour un total qu’on appellera M). Les mois suivants, ils versent une somme de manière à ce qu’il y ait autant d’argent qui rentre que d’argent qui est sorti du mois précédent. Par exemple, chacun remet ce qu’il a gagné (si j’ai gagné 7€ je remets les 7€, si j’ai gagné 12€ je remets les 12€). Comme Flattr prend 10% sur les versements, nous pouvons déterminer à coup sûr le montant total d’un mois donné : 0,9×(montant du mois précédent).

Sur une période de m mois, la part destinée à Flattr est donc de (1 - 0,9m) × M.

Regardons donc quelle part de ce montant Flattr s’accapare sur une période plus longue.

Sur 1 an, (1 - 0,912) × M = 0,7176 × M, soit 71,76% de la somme totale !

Sur 5 ans, (1 - 0,960) × M = 0,9982 × M, soit 99,82%. Autrement dit, tout est pour Flattr.

S’il y a 20000 inscrits qui versent chacun 10€, M = 20000 × 10 = 200000€. Sur 1 an, 143514,09€ seront destinés à Flattr. Sur 5 ans, pas moins de 199640,60€, le reste circulant entre les membres.

Imaginez que votre compte en banque soit prélevé chaque mois 10% de son montant pour frais de gestion. Vous avez 5000€, vous êtes prélevés de 500€. Le mois suivant, plus que 450€… Au bout d’un an, il ne va pas rester grand chose pour échanger avec les autres…

Nous avons simplifié le problème en n’injectant pas d’argent neuf. Ou plutôt nous avons supprimé ce qui cachait cette incroyable distribution. Maintenant plaçons-nous dans le cas “réel” et injectons cet argent neuf chaque mois, de manière à ce que le montant total reste égal à M = 200000€ (par exemple, les 20000 membres versent 10€ chaque mois). Par rapport à l’exemple précédent, les membres injectent donc 20000€ d’argent neuf dans le système (en plus des 180000€ restants du mois précédent). Mais cet “argent neuf”, il va évidemment subir le même traitement que dans la situation précédente, avec un mois de décalage, et être principalement redistribué vers Flattr au bout de quelques mois. C’est donc encore plus d’argent pour Flattr.

10%… voire 100%

Sur une longue période, nous avons vu que Flattr rafflait une part essentielle de tous les versements. Mais regardons ce qui se passe sur un seul mois, en pourcentage. Nous avons l’impression que la commission est de 10%, mais en fait elle est beaucoup plus importante, car les échanges entre les membres se compensent, au moins en partie.

Pour le comprendre, prenons un exemple concret, avec 3 membres, qui versent chacun 10€ :

graphe-flattr

Combien d’argent a été échangé en tout entre les membres ?

3€ ont donc été échangés. Et pour ces 3€ d’échange, 3€ ont été donnés à Flattr, soit 50% des échanges totaux !

C’est même pire que cela, car il faut prendre en compte la transitivité. Ici, C transfert 1€ vers A, et A transfert 2€ vers B, on en a conclu qu’il y avait 3€ échangés. Mais l’euro qui transite de C vers A est “contenu” dans les 2€ qui transitent de A vers B. Globalement, tout se passe comme si A et C transféraient chacun 1€ vers B. Soit un total de 2€ échangés. La part de Flattr dans la somme des échangés est donc de 60% dans ce cas-là. Mais il ne faut pas s’arrêter là, il faut aussi intégrer la transitivité des transferts d’argent vers Flattr : A et C transfèrent chacun 1€ vers B (et 1€ vers Flattr), et B transfert 1€ vers Flattr. La situation est donc la même que si A et C transféraient chacun 0,50€ vers B et 1,50€ vers Flattr. Soit 75% des transferts pour Flattr (cette part correspond à 100% moins le ratio du montant gagné par les membres ayant un gain par rapport au montant perdu par les membres ayant une perte).

Le résultat après le premier mois est donc de :

Donc exactement comme si A et C avaient chacun donné 0,50€ à B et 1,50€ à Flattr.

Dans le cas limite, si tous les dons sont parfaitement répartis (chacun donne autant qu’il reçoit, moins les 10%), alors tout se passe comme s’il n’y avait aucun échange entre les membres. Chacun a mis 10€, et reçoit 9€. Résultat des courses : le seul échange d’argent qui s’opère est le transfert d’1€ de chaque membre vers Flattr, soit 100% des échanges.

La somme récupérée en valeur absolue par Flattr chaque mois est connue à l’avance (10% de M, ce qui est énorme, comme nous l’avons vu en quelques mois ils récupèrent quasiment tout). En valeur relative par rapport aux échanges effectués, en fonction de l’équilibre des dons, ce transfert d’argent des membres vers Flattr représente entre 10% et 100% des échanges. Ce système coûte donc extrêmement cher par rapport aux échanges qu’il permet.

Conclusion

Le concept de base est intéressant et séduisant, mais certaines arnaques sont bien dissimulées. Il vaut mieux en avoir conscience avant de s’inscrire à un système injuste. Pour corriger ces problèmes, Flattr pourrait être rémunéré de la même manière que ses membres : par les micro-dons.

Il y a également d’autres problèmes que je n’ai pas évoqués ici.

EDIT : Je réponds aux deux principales critiques à ce billet en commentaire.

Dividende Universel : un enjeu majeur de société

jeudi 17 février 2011 à 16:26

Dans un précédent billet, intitulé « Piratage ou usage commun ? », je vous avais livré mon analyse sur ce qui est appelé, aujourd’hui encore, piratage. Je concluais par la nécessité de décorréler le financement des œuvres et la vente unitaire de leurs copies.

Je commence à me rendre compte que la guerre contre le partage n’est qu’une manifestation d’une problématique beaucoup plus générale, qui touche la société et l’économie dans son ensemble. Voici quelques éléments de réflexion.

Paradoxes

Satisfaction des besoins

Considérons que la population a un ensemble de besoins à satisfaire. La satisfaction d’une partie de ces besoins nécessite du travail. Par exemple, le travail des industries alimentaires donne la possibilité à la population de se nourrir (sans récolter elle-même sa nourriture), celui des industries vestimentaires lui permet de se vêtir (sans fabriquer elle-même ses vêtements), la Poste lui permet d’envoyer des colis à l’autre bout du monde sans se déplacer, etc.

Par ailleurs, la population active peut effectuer une quantité de travail limitée (le nombre de personnes multiplié par le nombre d’heures). On peut distinguer 3 cas.

Dans le premier cas, il y a trop de besoins à satisfaire, la population active ne peut réaliser qu’une partie de tout ce travail. Ou plutôt, elle va le réaliser sur un période plus importante. Dans cette hypothèse, c’est le plein emploi, la situation économique est merveilleuse durant de nombreuses années, affichant une croissance impressionnante, comme par exemple durant les Trente Glorieuses.

Dans le second cas, la population active peut tout juste effectuer le travail nécessaire. Tous les besoins sont satisfaits, et tout le monde trouve du travail. La situation économique est bonne, la croissance est importante.

Dans le troisième cas, la population active peut effectuer plus de travail que nécessaire. Les besoins sont largement satisfaits avec moins de travail. Dans le système actuel, c’est la crise. Cela signifie qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde, donc un taux de pauvreté important.

Le paradoxe est criant : plus nous parvenons à satisfaire nos besoins, plus la pauvreté augmente.

Valeur ou abondance

De ce paradoxe en découle un second.

Plus nous rendons nos outils de production efficaces, plus nous sommes capables de produire en abondance, avec moins de travail. Mais alors moins ce que nous produisons n’a de valeur marchande (puisque cette production est rendue abondante). Si la quantité vendue ne compense pas la baisse des prix unitaires, la seule manière de conserver une valeur marchande est alors de restreindre artificiellement le service rendu par cette production, contre l’intérêt général, comme le décrivait très bien Frédéric Bastiat dans le premier chapitre de “Sophismes Économiques” :

On remarque qu’un homme s’enrichit en proportion de ce qu’il tire un meilleur parti de son travail, c’est-à-dire de ce qu’il vend à plus haut prix. Il vend à plus haut prix à proportion de la rareté, de la disette du genre de produit qui fait l’objet de son industrie. On en conclut que, quant à lui du moins, la disette l’enrichit. Appliquant successivement ce raisonnement à tous les travailleurs, on en déduit la théorie de la disette. De là on passe à l’application, et, afin de favoriser tous les travailleurs, on provoque artificiellement la cherté, la disette de toutes choses par la prohibition, la restriction, la suppression des machines et autres moyens analogues.

Il en est de même de l’abondance. On observe que, quand un produit abonde, il se vend à bas prix : donc le producteur gagne moins. Si tous les producteurs sont dans ce cas, ils sont tous misérables: donc c’est l’abondance qui ruine la société. Et comme toute conviction cherche à se traduire en fait, on voit, dans beaucoup de pays, les lois des hommes lutter contre l’abondance des choses.

Au passage, nous reconnaissons ici le cas particulier du partage de fichiers, avec les restrictions numériques de lecture et la tentative de prohibition de l’utilisation d’outils de partage. La guerre contre le partage n’est qu’une lutte contre l’abondance, qui vise à restaurer la rareté afin de satisfaire une demande solvable.

Nous pouvons résumer ces deux paradoxes ainsi : plus nous rendons efficace notre production, moins ce que nous produisons n’a de valeur marchande (à cause de l’abondance) et plus la pauvreté augmente (à cause du manque de travail).

Une fois passé le cap d’une production abondante nécessitant peu de travail, on s’aperçoit que les politiques de recherche du plein emploi et de restriction de l’abondance (dans le but de conserver une valeur marchande) sont une lutte contre l’efficacité et l’intérêt général.

Conséquences

Supposons que l’on parvienne à une efficacité de production telle que l’emploi de 5% de la population active suffise à satisfaire les besoins de tous : nous serions dans une société qui n’a jamais été aussi productive et riche. Pourtant, nous aurions un taux de chômage de 95%. Si les revenus étaient exclusivement issus du travail rémunéré, une écrasante majorité de la population n’aurait aucun revenu. Restaurer une situation de plein emploi, impossible en pratique, serait très critiquable en théorie : il s’agirait d’imposer à de nombreuses personnes l’occupation d’un emploi utile ni pour elles, ni pour la société.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans une situation si extrême (ça pourrait ne pas tarder, vraiment), mais force est de constater qu’en raison de l’informatisation et de l’automatisation de la production, le plein emploi ne peut plus être atteint. Devons-nous le regretter ? Je ne pense pas. Je pense même que c’est une chance : cela signifie que nous produisons plus efficacement des richesses.

Pour s’en rendre compte, il suffit de comprendre que le travail humain n’est pas un but, mais un moyen : il permet de surmonter les obstacles à la satisfaction des besoins. Regretter la trop grande facilité avec laquelle les obstacles sont franchis (car alors il y a moins de travail pour y parvenir), c’est vouloir combattre le but pour préserver le moyen ; c’est confondre l’obstacle et la cause.

Dans la situation actuelle, il semble donc inévitable de rompre le lien strict entre emploi et revenu. En effet, la monnaie correspondant aux richesses créées par les machines doit être, d’une manière ou d’une autre, distribuée à la population. Sans cela, nous nous trouvons dans une situation aberrante où il y a abondance de richesses réelles et pénurie de monnaie pour y accéder, et nous ne pouvons faire autrement que d’accepter avec fatalité les conséquences négatives de l’amélioration de la société (sic).

C’est ce que propose le Dividende Universel.

Dividende universel

Le Dividende Universel (plus connu maintenant sous le nom de revenu de base), désigne le versement inconditionnel d’un revenu à chaque citoyen (son montant varie généralement, selon les propositions, entre 300€ et 1500€), de la naissance à la mort, qui se cumule aux autres revenus (issus de l’emploi par exemple).

Si c’est la première fois que vous entendez parler de ce concept, vous êtes sans doute sceptique, comme je l’ai été quand je l’ai découvert : cela semble utopique, irréalisable. Et pourtant…

J’ai introduit le sujet par la nécessité de dissocier l’emploi et le revenu, suite à la raréfaction de l’emploi (qui, contrairement aux idées reçues, est une bonne chose). Mais d’autres arguments, que je trouve encore plus pertinents, confortent les fondements de l’instauration d’un Dividende Universel.

Création monétaire

Le plus évident est l’injustice du fonctionnement actuel de la création monétaire (je détaille dans un autre billet), un des bugs fondamentaux de notre société : des acteurs privés (les banques) créent de l’argent à partir de rien, par le mécanisme du prêt. C’est la magie de “l’argent dette”. En effet, lorsqu’une banque vous accorde un prêt pour acheter une maison par exemple, elle vous prête de l’argent qu’elle n’a pas ! La population se trouve alors lésée plusieurs fois :

Thierry Crouzet résume cette situation en une phrase :

Pendant que vous avez travaillé, ils ont fabriqué l’argent pour vous payer.

Le mécanisme est très bien expliqué par les vidéos pédagogiques de Paul Grignon (même si la forme est critiquable sur certains aspects) : L’Argent Dette, puis L’Argent Dette 2. La première vidéo a d’ailleurs fait l’objet d’une émission d’Arrêt sur Images.

Pour mettre fin à cette injustice, le Dividende Universel propose donc simplement que l’augmentation de la masse monétaire soit distribuée équitablement entre tous les citoyens, plutôt qu’elle ne soit réservée qu’à une poignée d’acteurs privés privilégiés au détriment de tout le reste de la population. C’est le point fondamental de cette proposition. Tous les autres arguments ne sont que des interprétations de la signification de cette nouvelle forme de distribution ou des analyses de ses conséquences.

Création libre et non marchande

Une part importante du travail effectué par la population est non marchand. Par exemple, dans le domaine qui m’intéresse, on peut citer la création de logiciels libres, qui sont à la base du fonctionnement d’Internet, ou encore la participation à Wikipedia, qui permet un partage de connaissance inégalé jusqu’à présent. Nous ne pouvons pas nier que ces créations ont une valeur immense pour la société (sans compter qu’elles bénéficient également au secteur marchand). Une part essentielle de cette valeur réside justement dans leur adoption par le plus grand nombre, d’autant plus rapidement qu’elles sont accessibles à tous, sans restrictions.

Le Dividende Universel peut être vu comme une valorisation de ces activités non marchandes, qui sont bénéfiques pour la société.

Propriété de la zone Euro

Chaque citoyen est co-propriétaire de la Zone Euro. Le Dividende Universel correspond donc simplement à la reconnaissance de la co-propriété de la zone économique pour chaque citoyen.

Héritage de richesses

Nous héritons d’une richesse provenant des architectures et des outils construits par nos ancêtres. Il serait légitime que cette rente bénéficie à tous.

Yoland Bresson met en évidence cette richesse :

Prenons deux jumeaux parfaits, identiques en tout, particulièrement dans leurs compétences, supposons-les travaillant au même poste, dans un même processus de production (une usine de jeans par exemple) mais l’un situé en France et l’autre en Tunisie. Celui qui travaille en France recevra à l’évidence une rémunération plus élevée que son jumeau en Tunisie. Pourquoi ? Parce que les revenus ne résultent pas des seuls caractéristiques et mérites individuels ; que dans l’évaluation de ce que chacun produit, et dont il perçoit une part, celui qui vit en France bénéficie de tout un potentiel productif beaucoup plus performant, les infrastructures, les réseaux d’échange et d’information, les habitudes de communiquer, etc., c’est-à-dire du milieu dans lequel il est plongé et dont il profite inconsciemment. On peut dire qu’il existe un “champ économique” comme il existe un “champ magnétique” qui nous inonde d’une énergie potentielle. Si cette énergie est plus grande en France qu’en Tunisie, c’est qu’elle provient de tout le capital matériel et humain que nos parents ont lentement construit en France. Une part des revenus que nous obtenons est le produit de ce capital social. Nous héritons de cette rente.

Suppression des désincitations au travail

Le Dividende Universel aurait aussi d’autres effets positifs. Par exemple, les prestations sociales actuelles découragent les individus de chercher un emploi rémunéré. En effet, lorsque les revenus du travail augmentent, les prestations sociales sont diminuées voire supprimées, menant à des situations absurdes où l’individu a parfois financièrement intérêt à ne pas accepter un travail.

De par sa nature inconditionnelle, le Dividende Universel supprimerait ces désincitations.

Théorie Relative de la Monnaie

Si vous désirez approfondir le Dividende Universel, je vous recommande la Théorie Relative de la Monnaie, de Stéphane Laborde. La version 2.0 de la TRM est disponible.

Par analogie au principe de relativité d’Einstein (“les lois physiques s’expriment de manière identique dans tous les référentiels”), il postule que “la monnaie, en tant que code qui régit les échanges économiques, doit fonctionner de manière identique dans tous les référentiels”, et en analyse les conséquences. Il décrit également brièvement les problèmes fondamentaux du système actuel et ses effets.

Les défenseurs des libertés informatiques apprécieront certaines analogies, comme celle-ci :

On peut comparer le système monétaire encore actif en 2010 à l’ancien réseau informatique Français du Minitel, un réseau centralisé, où la création de services nécessitait un avis du propriétaire monopolistique ainsi que le partage des revenus de l’activité. Tandis qu’un système d’émission de monnaie symétrique dans l’espace-temps tel que le Dividende Universel est comparable à un internet neutre où chaque citoyen de la zone économique est considéré comme égal devant la création monétaire, et donc susceptible d’échanger en “peer-to-peer”, de personne à personne, sans permission spéciale d’une autorité centrale.

Je remercie particulièrement son auteur pour la relecture de ce billet, ainsi que pour ses réponses rapides et ses remarques pertinentes ;-) Je vous recommande son blog pour suivre l’actualité sur le sujet.

Conclusion

Avec le passage d’un monde de rareté à un monde d’abondance, nous sommes dans une période charnière où nous devons faire des choix de société cruciaux. La tentative de restauration de la rareté artificielle, que ce soit pour redonner une valeur marchande à la copie de fichiers ou pour prolonger le mythe du plein emploi, doit être combattue.

Tous les hommes sont égaux. Mais une poignée de privilégiés a le pouvoir de créer la monnaie, au détriment de tous les autres. La création monétaire est un enjeu majeur, trop souvent ignoré, dont dépendra profondément la société de demain.

La suite de la réflexion : L’abondance contre l’économie.

LOPPSI : la censure d'État est adoptée en France

samedi 8 janvier 2011 à 10:45

loppsi

Titre initial : LOPPSI : la censure d’État bientôt adoptée en France

Censure d’État

Le Sénat s’apprête à voter en seconde lecture (à partir du 18 janvier) le projet de loi LOPPSI, comportant un article 4 qui instaure la censure des sites web dictée par le ministère de l’intérieur. Cette censure d’État va être acceptée au prétexte de la lutte contre la pédopornographie, contre laquelle elle est totalement inefficace.

L’association de protection de l’enfance « L’Ange Bleu », luttant contre la pédophilie, ne s’y est pas trompée : elle considère que la LOPPSI utilise la protection de l’enfance comme cheval de Troie du filtrage généralisé d’Internet.

Dans le but de contourner la justice, le gouvernement a refusé tous les amendements obligeant l’intervention de l’autorité judiciaire. Ce refus a évidemment été très difficile à justifier, et les explications données ont valu un prix Busiris à Éric Ciotti, rapporteur du projet de loi à l’Assemblée Nationale.

Conseil Constitutionnel

Plusieurs députés de droite comme de gauche ont rappelé dans l’hémicycle qu’un filtrage sans décision de l’autorité judiciaire serait anticonstitutionnel.

En effet, dans sa décision historique du 10 juin 2009 (qui censure la loi Hadopi 1), le Conseil Constitutionnel a affirmé qu’une restriction de l’accès à Internet était une restriction de la liberté d’expression, et donc qu’elle ne pouvait être autorisée que par un juge (considérant 12) :

Considérant qu’aux termes de l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : “La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi” ; qu’en l’état actuel des moyens de communication et eu égard au développement généralisé des services de communication au public en ligne ainsi qu’à l’importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l’expression des idées et des opinions, ce droit implique la liberté d’accéder à ces services ;

Pour expliquer que la suppression du juge n’était pas, selon lui, anticonstitutionnelle, Éric Ciotti a tenté de faire croire que le filtrage proposé par l’article 4 de la LOPPSI ne restreignait pas la liberté d’expression, contrairement à la coupure d’accès de l’HADOPI. Voici son discours à l’Assemblée Nationale :

Vous avez fait référence à la jurisprudence du Conseil constitutionnel concernant la loi HADOPI, qui privilégie l’intervention du juge plutôt que celle de l’autorité administrative pour bloquer les accès à internet. Nous sommes ici dans une situation fondamentalement différente.

Que dit la jurisprudence HADOPI ? Le Conseil constitutionnel a estimé que bloquer l’accès global à internet d’un particulier était contraire aux libertés individuelles fondamentales. C’est la jurisprudence du Conseil constitutionnel.

À présent, nous sommes dans un cas totalement différent. Il ne s’agit pas de bloquer de façon systématique l’accès à internet d’un particulier, mais de bloquer des pages illégales dont la consultation est également illégale. La publication de ces pages constitue un délit, mais leur consultation aussi.

La mesure envisagée ne va donc pas priver l’internaute d’un espace de liberté, mais l’empêcher de commettre un acte illégal.

Cette démonstration est composée de deux arguments.

Le premier est que la LOPPSI ne met en place qu’un blocage d’un ou plusieurs sites, là où l’HADOPI demandait la coupure complète de l’accès. Ainsi, le filtrage serait bien moins important. Mais il faut bien voir que la restriction de la liberté d’expression et de communication concerne la personne à qui cette restriction s’applique (c’est évident, mais apparemment il est nécessaire de l’expliciter) : lorsqu’un site est bloqué, c’est la liberté d’expression de celui qui s’exprime sur le site qui est restreinte, pas celle des “lecteurs”. Ainsi, si Mediapart.fr (au hasard) se trouve bloqué, certes pour les internautes ce n’est qu’un seul site inaccessible, mais pour les auteurs de Mediapart c’est une restriction de leur liberté d’expression. Cette restriction doit donc être décidée par un juge.

Avec la même logique fallacieuse, on parvient d’ailleurs à démontrer exactement le contraire : la coupure d’accès de l’HADOPI est beaucoup moins importante que le blocage d’un site par la LOPPSI. En effet, pour les auteurs de Mediapart, la coupure d’accès d’un internaute n’est pas une atteinte à leur liberté d’expression, puisque seul un internaute ne parviendra pas à accéder à leur site. Par contre le blocage de leur site est un blocage complet, qui empêchera à l’ensemble des internautes d’y accéder.

Le second argument avancé est qu’il ne s’agit que de bloquer des pages illégales, ce qui ne serait donc pas une restriction de la liberté d’expression. Mais c’est à un juge de décider de la légalité d’un contenu, pas au ministère de l’intérieur !

Même si son argumentation est fausse, Éric Ciotti n’a fait aucune erreur. Son but n’est pas de parvenir à une solution réfléchie et équilibrée : il veut simplement éviter l’autorité judiciaire.

Le juge dérange

Ce n’est pas un hasard si le gouvernement s’obstine tant à supprimer l’autorité judiciaire. Notez que ce débat est très lié à celui de la neutralité du net, où les opposants veulent limiter la neutralité aux seuls “contenus licites”. Comprenez “contenus dont la licéité aura été décidée par une entreprise privée ou par un gouvernement, pas par la justice” (la justice n’est pas appliquée par des algorithmes dans les routeurs).

Il y a principalement deux raisons à cela : l’extension future du filtrage et la censure politique.

Extension du filtrage

La première raison est d’instaurer un filtrage administratif pour une raison quelconque (de préférence, quelque chose que tout le monde condamne, comme la pédopornographie), pour pouvoir l’étendre ensuite à d’autres domaines où l’intervention d’un juge poserait problème (car il n’autoriserait pas un tel filtrage).

En particulier, le 7 janvier 2010, dans ses vœux au monde de la culture, Nicolas Sarkozy a promis le filtrage aux industries du divertissement :

Plus on pourra dépolluer automatiquement les réseaux et les serveurs de toutes les sources de piratage, moins il sera nécessaire de recourir à des mesures pesant sur les internautes. […] Il faut donc expérimenter sans délai les dispositifs de filtrage.

D’ailleurs, Éric Ciotti lui-même ne dément pas l’extension future du filtrage.

Censure politique

La seconde raison est de mettre en place une architecture permettant de censurer les contenus dérangeant le pouvoir en place.

C’est ce qui s’est passé en Australie, où la liste noire secrète (qui a fuité sur Wikileaks) ne contenait que 32% de sites effectivement pédopornographiques, ou en Thaïlande, où des sites bloqués portaient la mention “lese majeste”. Comme le dit Wikileaks :

History shows that secret censorship systems, whatever their original intent, are invariably corrupted into anti-democratic behavior

Alors bien sûr, j’en entends déjà certains : « mais tu es parano, nous sommes en France, pas en Australie ou en Thaïlande, nous sommes en démocratie, dans le pays des Droits de l’Homme ». Au passage, un élément fondamental de la démocratie est la séparation des pouvoirs. Lorsque le ministère de l’intérieur a le pouvoir de limiter la liberté d’expression, il empiète sur le pouvoir judiciaire.

Mais plus concrètement, trois évènements récents nous rappellent les risques de dérives, même (les mauvaises langues diront “surtout”) de la part d’un gouvernement français.

Le premier concerne les propos de Brice Hortefeux qui lui ont valu une condamnation pour injure raciale, suivie de la violente réaction anti-Internet de la part de l’UMP.

Le deuxième, c’est la diffusion des enregistrements dans l’affaire Woerth-Bettencourt, que le gouvernement s’est empressé de dénoncer (voir à ce sujet l’émission d’Arrêt sur Images consacrée à l’affaire Bettencourt si vous y êtes abonnés). Mediapart.fr aurait-il été censuré si la LOPPSI avait été opérationnelle ? Je ne sais pas.

Le troisième, c’est la fuite des câbles diplomatiques par Wikileaks. Là au moins, c’est clair, Wikileaks aurait été censuré : WikiLeaks et la censure politique d’Internet: nous voila prévenus !

Si ce texte de loi est validé en l’état, il est fort possible que nous vivions demain ce qui se passe en Tunisie aujourd’hui (où « officiellement, la censure ne concerne que le terrorisme et la pornographie »). [Ce billet a été rédigé avant la chute du dictateur tunisien Ben Ali.]

Information des citoyens

Malgré l’extrême gravité de l’instauration d’une censure dictée par le ministère de l’intérieur, une majorité du citoyens n’a jamais entendu parler de ce projet de loi dans les médias traditionnels (TV et radio), qui sont restés bien silencieux.

Si les 20h de TF1 et de France 2 ont effectivement évoqué le projet de loi LOPPSI pendant les débats à l’Assemblée Nationale, c’était simplement pour mentionner qu’un article assouplit le permis de conduire à points. Bien maigre information par rapport aux enjeux de ce texte. Lors du vote en première lecture, TF1 a même été accusé de manquement à l’honnêteté de l’information.

Sur le web, en revanche, l’article 4 provoque un tollé. Bien évidemment de la part des associations comme La Quadrature du Net, très en pointe pour défendre les libertés fondamentales sur Internet, Reporters sans frontières ou encore L’Ange Bleu (citée plus haut). Les critiques fusent également du côté des sites d’information spécialisés comme PC INpact et Numerama, mais aussi sur ReadWriteWeb ainsi que sur les réseaux sociaux et sur les blogs de milliers de citoyens.

La presse en ligne a également publié quelques articles dénonçant cette censure :

Le décalage entre les informations fournies par les médias traditionnels et les médias en ligne est flagrant. Les causes profondes de la volonté de contrôler et de censurer l’information sur le Net ne sont certainement pas à chercher bien loin.

Conclusion

En conclusion, je souhaite faire passer 3 messages :

À lire également

Je vous recommande ces billets d’Edwy Plenel :

Remarque

(EDIT 18/01/2011) Je n’ai parlé ici que de l’article 4, mais beaucoup d’autres articles de la LOPPSI sont décriés. Dans ce projet, l’exécutif use de son influence sur le législatif pour affaiblir le judiciaire, ce qui remet violemment en cause la séparation des pouvoirs. Lire par exemple la tribune d’Eva Joly et Sandrine Bélier sur Rue89 : La Loppsi 2 n’est pas notre France.

1101 astuces pour Ubuntu 10.10

vendredi 5 novembre 2010 à 14:11

Dans ce billet, je vais partager avec vous quelques astuces pour des opérations courantes sous Ubuntu (Gnome, Compiz et Firefox plus précisément). Je me suis aperçu que finalement beaucoup ne connaissaient pas certains de ces petits détails bien pratiques.

1101 est à lire en binaire, ça fait légèrement moins qu’en décimal ;-)

Gnome

Positionnement d’un ascenseur

position-scrollbar

Il y a plusieurs interactions possibles avec un “ascenseur” (horizontal ou vertical) :

Il y existe une 4e méthode, moins connue, mais bien plus pratique, qui permet de positionner le curseur directement à une position (comme le glisser-déposer, mais sans avoir besoin d’aller chercher le curseur) : il suffit de cliquer avec le bouton du milieu à la position désirée dans la barre, le curseur va s’y positionner aussitôt. En maintenant enfoncé le clic milieu, il est également possible de déplacer le curseur.

Ceci fonctionne également pour les sliders, par exemple pour le contrôle du volume dans l’applet de son de Gnome, ou pour la barre d’avancement d’un lecteur vidéo (même si maintenant ils ont adopté ce comportement par défaut sur le clic gauche).

Contrôle du volume

sound-applet

Lorsque l’on clique sur l’applet de son de Gnome, un slider permettant de changer le volume apparaît. Mais il est également possible de survoler l’icône de son et d’augmenter ou de diminuer le volume grâce à la molette de la souris, sans cliquer.

Déplacement d’un applet

Sous Gnome, les barres du haut et du bas accueillent des applets. Avec un clic-droit sur l’un d’entre eux, un menu contextuel permet, entre autres, de le déverrouiller pour pouvoir le déplacer.

gnome-panel

Si l’applet est déverrouillé, ce même menu permet de le déplacer. Mais pour cela il y a plus simple : glisser-déposer l’applet en utilisant le clic milieu (cliquer et maintenir enfoncé le clic milieu et déplacer l’applet).

Les icônes de raccourcis étant des applets particuliers, ils sont déplaçables de cette manière.

Double-panneau Nautilus

Nautilus permet d’afficher deux panneaux côte à côte en pressant la touche F3.

nautilus-f3

Une seconde pression sur F3 repasse en mode “un seul panneau” (le panneau inactif est alors supprimé). Cette fonctionnalité est très pratique pour faire des déplacements ou des copies de fichiers, de manière beaucoup plus directe que par l’utilisation de plusieurs fenêtres ou même d’onglets.

Renommage avec ou sans extension

Pour renommer un fichier dans Nautilus, vous connaissez sûrement la touche F2, qui renomme en présélectionnant le nom du fichier sans l’extension :

rename

Mais il est également possible de renommer en présélectionnant le nom du fichier avec l’extension, grâce à Shift+F2.

EDIT : Ou alors, deux fois F2.

Compiz

Déplacement d’une fenêtre

Cette fonctionnalité est assez connue et utilisée je pense, puisqu’elle fonctionne avec quasiment tous les gestionnaires de fenêtres : le déplacement d’une fenêtre grâce à Alt+clic gauche. Elle est très pratique, car elle évite d’aller chercher la barre de titre pour déplacer une fenêtre.

Redimensionnement d’une fenêtre

De la même manière, il est possible de redimensionner une fenêtre grâce à Alt+clic milieu. Celle-ci est quasiment indispensable, tellement le fait d’aller chercher un bord de fenêtre est “coûteux”.

La fenêtre est virtuellement découpée en 9 parties égales (3 horizontales et 3 verticales). Lorsque vous laissez enfoncée la touche Alt et que vous appuyez sur le clic milieu au-dessus d’une fenêtre, le redimensionnement commence à partir du bord le plus proche (dépendant de la “partie” de la fenêtre que vous survolez).

resize

Capture d’écran rapide par zone

Grâce à Compiz, il est possible de capturer très simplement une zone de l’écran, grâce à Super+clic gauche (la touche Super est la touche Windows sur la majorité des claviers) :

quick-screenshot

Pour cela, il faut activer le plug-in “Capture d’écran” dans ccsm (compizconfig-settings-manager doit être installé), et choisir un répertoire de destination (le bureau par exemple, j’en avais déjà parlé ici).

Changement de bureau

Par défaut, le changement de bureau est désactivé lors du déplacement d’une fenêtre sur un bord et lors d’un scroll avec la molette de la souris sur le bureau. Personnellement, je préfère l’activer.

Cela se configure dans ccsm (là encore, compizconfig-settings-manager doit être installé).

Pour changer de bureau lors d’un déplacement de fenêtre au bord de l’écran : Bureaux sur un plan (version améliorée) → Changement de bureau aux bords (dernier onglet)→ Changement en déplaçant une fenêtre au bord (2e case à cocher).

Pour changer de bureau lors d’un scroll : Changeur de bureau → Desktop-based viewport switching → Bureau suivant = Button5 ; Bureau précédent = Button4.

Firefox

Ajout d’un lien dans gnome-panel

firefox-gnome-panel

Pour garder en mémoire une URL, la méthode la plus simple et la plus appropriée est bien sûr l’utilisation de marque-pages. Mais je trouve pratique de mettre un raccourci dans la barre de Gnome, pour une page que je veux lire plus tard.

Pour cela, il suffit de glisser-déposer le petit icône (le favicon) à gauche de la barre d’adresse vers la barre de Gnome. Il est par contre regrettable que l’icône du raccourci ainsi créé ne soit pas le favicon.

Suppression d’un historique de liste déroulante

Lorsqu’une liste déroulante propose des résultats déjà entrés auparavant (à partir de l’historique par exemple), il est possible de supprimer spécifiquement une entrée rapidement, en survolant avec la souris l’entrée correspondante et en appuyant sur Shift+Suppr.

firefox-history

Cela fonctionne dans la barre d’adresse, dans la barre de recherche et dans toute entrée de formulaire d’une page web.

Chargement d’une URL par un clic milieu

Lorsqu’une URL est présente dans le presse-papier, il est possible de la charger dans Firefox avec un simple clic milieu. Pour activer cette fonctionnalité, il faut taper about:config dans la barre d’adresse et passer la valeur de middlemouse.contentLoadURL à true.

Il suffit alors de surligner une URL (dans un fichier texte par exemple) puis de cliquer milieu dans le contenu d’une page dans Firefox (sur un espace “vide”, pas sur un lien ou dans un champ de formulaire).

EDIT : Ou sans modifier la configuration par défaut, grâce à un clic milieu sur le favicon à gauche de la barre d’adresse.

Notifications intégrées

Les notifications de Firefox ne sont pas intégrées au système : par défaut c’est un rectangle qui s’ouvre en bas à droite.

Pour utiliser le système de notification d’Ubuntu, il suffit d’installer le paquet xul-ext-notify (anciennement firefox-notify) et de redémarrer Firefox. C’est dommage qu’il ne soit pas installé par défaut.

firefox-notify

Conclusion

Voilà les quelques astuces que je pouvais partager avec vous. Si vous en avez d’autres, n’hésitez pas à les détailler. ;-)