PROJET AUTOBLOG


Reflets

Site original : Reflets

⇐ retour index

Mise à jour

Mise à jour de la base de données, veuillez patienter...

Engagez-vous, ou la énième rupture

lundi 18 juillet 2016 à 16:40

Abu-ghraib-leashQue faire contre le terrorisme ? De grandes déclarations creuses ? Continuer de foncer dans le mur en klaxonnant ? Décidément, l’exécutif n’en est pas à une erreur près. Mais ce qui est le plus troublant, c’est cette propension à jeter de l’huile sur le feu. Alimenter la haine qui monte. Bien entendu, ceux qui ont allumé le feu sont à chercher du côté de Daech. Nul ne le contestera. Mais tout de même… Sans vouloir expliquer, ce qui serait sans doute aux yeux de Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve un indice de radicalisation de notre part, il n’est pas inutile de faire quelques petits retours en arrière.

Remontons en 2001.

Les attentats de septembre marquent le premier virage des Etats-Unis. Une lente descente aux enfers hors de la voie de la Démocratie. Une marche forcée vers un Etat policier ayant désormais quelques attributs d’une dictature.

Les attentats de septembre 2001 marquent un virage qui permet aux Etats-Unis de déclarer une guerre « préventive ». Ce qui ne s’était pas vu depuis la deuxième guerre mondiale quand Adolphe Hitler avait popularisé ce concept. L’idée, c’est plus ou moins « je t’attaque parce que si je ne le fais pas, tu risques de m’attaquer dans un avenir plus ou moins proche ». On comprend aisément que cette doctrine peut amener des situations avec lesquelles on peut être plus ou moins d’accord selon le côté duquel on se place. Des gentils occidentaux qui attaquent un méchant dictateur fou, on comprend et on est presque prêt à excuser. Mais dès lors, comment refuser ce droit à un dictateur fou qui attaque son voisin. Ou même à un gouvernement démocratique qui « prend ses précautions » à coup de guerre préventive ? Au hasard, l’Inde qui attaquerait le Pakistan, la Chine qui attaquerait l’Inde, la Turquie qui attaquerait la Grèce ?

Vous commencez à comprendre que l’idée d’une guerre « préventive » est particulièrement dangereuse pour la stabilité internationale entre des peuples trop idiots pour comprendre que nous sommes tous coincés sur une toute petite planète qui ne devrait pas connaître de frontières.

On vous passe le fait que nous aurions encore plus de mal à faire comprendre à des extra-terrestres qu’il est idiot de raser la moitié de notre planète pour se prémunir d’une attaque putative de notre part.

Légalisons la torture parce que…

Et comme les Etats-Unis étaient légitimement en colère contre les terroristes qui avaient provoqué quelques milliers de morts sur leur territoire, le gouvernement de George Bush s’en est donné à coeur joie.

Après la guerre préventive qui a contribué à déstabiliser tous les équilibres internationaux, il a décidé de légaliser la torture. Mais pas seulement, il fallait aussi pouvoir enlever n’importe qui n’importe où dans le monde pour pouvoir le jeter au fond d’une prison fantôme, sans aucune existence officielle, afin de pouvoir torturer ou le faire disparaître tranquillement.

Puis est venu le temps des drones tueurs. Simple, efficace, ce concept permet de bombarder des cibles très éloignées avec pas mal de précision, sans risquer de vies humaines… Américaines.

C’est une activité que l’on peut raffiner. Par exemple, tuer un leader d’un groupe terroriste. Puis bombarder le village lors de son enterrement. Comme il est certain que ses copains sont présents pour sa mise en terre, on multiplie les cibles à éliminer. Bien sûr, il y a des dégâts collatéraux. Les villageois. Ou les familles. Mais qu’importe pourvu que le but soit atteint ?

Surveillons tout le monde

La Stasi l’avait démontré (ou pas), la surveillance de l’ensemble de la population permet d’éviter la rébellion en favorisant l’auto-censure. Les Etats-Unis ont donc mis en place un système de surveillance des populations au delà de ce qui pouvait être imaginé. Les révélations d’Edward Snowden le démontrent.

Comme pour la glissade vers un Etat Policier s’affranchissant de toutes les règles (torture, enlèvements, incarcérations indéfinies hors de tout cadre légal, etc.) la population dans sa très grande majorité s’est tue. Elle a laissé faire. On nous surveille ? On n’a rien à cacher. On torture en mon nom ? Mais ce sont des terroristes et ça ne nous arrivera pas à nous, qui n’avons rien à nous reprocher…

A chaque action une réaction

Comme chacun sait, les actions impliquent des réactions. Pour le gouvernement américain, comme pour les gouvernements occidentaux qui ont appuyé ces mutations (la torture, les enlèvements, les vols fantômes de la CIA, les bombardements aveugles, on en passe), ces actions ne devaient aboutir qu’à l’éradication des terroristes. Oui, mais non. La preuve…

D’une part, le terrorisme est une arme qui a toujours été employée et le sera toujours. D’autre part, en tuant des terroristes et leurs proches, on crée des terroristes qui ne l’étaient pas auparavant. Action, réaction. Pas celle attendue, mais celle qui arrive.

Et la France dans tout ça ?

La France a emboîté le pas des Etats-Unis. Bien entendu, on ne torture pas officiellement comme outre-Atlantique. On n’emprisonne pas dans un camp de concentration comme à Guantanamo. Mais on part bombarder les terroristes là où ils sont. Quitte à faire quelques dommages collatéraux. Quitte à prêter le flanc à la propagande terroriste et contribuer à désigner le pays comme une cible prioritaire.

On surveille chaque jour un peu plus la population. On rogne les libertés individuelles sans état d’âme parce que bon, il faut ce qu’il faut pour lutter contre le terrorisme, n’est-ce pas ? Attention si vous répondez que cela vous choque, vous risquez fort d’être accusé de soutien au terrorisme.

Quel bilan peut-on tirer de tout ce qui a été fait par les gouvernements successifs, y compris celui de François Fillon sous la présidence Sarkozy (avec la destruction de la Libye) ?

Il est assez simple et inquiétant. Le plus troublant est que le gouvernement actuel ne l’entrevoit même pas. C’est à se demander si nos dirigeants sont de mauvaise foi ou simplement incompétents.

La présidentielle arrive à grands pas.

Et voici le contexte :

C’est dans ce contexte hautement explosif que le gouvernement actuel incite la population à rejoindre la réserve opérationnelle. Une décision qui ne dépare pas de celles qu’avait prises George Bush en son temps. Lui, allait chercher les jeunes sur les parkings des centres commerciaux pour les envoyer en Irak ou en Afghanistan. Que fait le gouvernement français en lançant cet appel ? Il exacerbe les sentiments nationalistes, jette de l’huile sur le feu du racisme le plus pervers désormais assumé sans complexes et prépare des confrontations entre tranches de la population.

Diviser pour mieux régner ? A quel coût ? Faudra-t-il cinq ans de Marine Le Pen pour que la population retrouve un peu de bon sens ? La situation est désespérante. Presque autant que les dirigeants politiques. C’est dire…

Démocratie fissurée : chroniques d’un mauvais élève de la République (2)

dimanche 17 juillet 2016 à 11:27
image

Dernier concert punk des Bérus, les derniers punks, en 1989 : « Nuit Apache ». Leurs remplaçants en 2016 s’appellent Benjamin Biolay ou Fauve. Comment en est-on arrivé là ?

La ré-élection de « Tonton » contre Chirac en 1988, est un moment amusant, presque décalé. Le Pen est déjà sorti du bois depuis les Régionales de 86 et notre manière à nous, une bande de potes un peu hasardeuse, de participer à cette mascarade, se fait en couvrant tous les murs de la ville un peu visibles, d’un personnage passé à la bombe noire, au pochoir. C’est une tête de punk commandée à un pote graphiste, avec une crête, un gros joint dans la bouche, et en dessous, un slogan : « Votez Le Pet ». L’un d’entre nous ira même jusqu’à en bomber un sur le mur du commissariat. Nous sommes hilares. Mais inquiets, au fond. Parce que la population des « Français sérieux », les électeurs, salariés, artisans, commerçants, etc, semblent devenir un poil plus hargneux que quelques années auparavant. A moins que ce ne soit nous qui nous en rendions plus compte, parce qu’arrivant à l’âge adulte ?
▶ 3:25

88, c’est Robocop : un film bien merdique (comparé à Terminator deux ans avant qui nous avait défrisé) et pourtant amusant, qui annonce l’avenir tout en voulant dénoncer les risques du « fascisme technologique ». 28 ans plus tard, les robots tueurs existent et le principe de déléguer des tâches de sécurité publique à des machines autonomes fait son chemin aux Etats-Unis. En 88 il y a les « Béruriers noir », à l’apogée de leur gloire, et cette jeunesse de plus en plus déboussolée qui sent bien que quelque chose est en train de vraiment basculer, que la rue va bientôt redevenir ce qu’elle était quelques décennies auparavant : un espace contrôlé et — certainement désormais —aseptisé.

Même en Chine, la jeunesse lève le poing

Le monde bipolaire de 1989 se fissure sans que personne ne s’y attende. Les cafés enfumés sont encore plein de monde, de générations qui se croisent. Tu peux alors te taper un flipper tout en écoutant la discussion politique de comptoir et donner ton avis en participant à la création du nuage de fumée qui recouvre l’endroit. Tout le monde s’en branle de l’hygiène, de la santé, parce que tout le monde sait qu’il va crever tôt ou tard, et que quelque part, les punks agonisants n’avaient pas tort : « No future ». A Paris, les bandes de Zoulous cassent du crâne rasé à grands coups de boxe taï, en province ça se cogne parfois sévère entre les derniers représentants à crête colorée du doigt levé contre la société de consommation, de prédation, de conservation, et les immondes sbires chauves du renouveau fasciste. Avoir des Rangers en 1989 peut servir. À prendre des coups, mais à en balancer aussi.

Les derniers groupes de musique contestataires s’éteignent, des nouveaux, plus poétique dans leur rage, apparaissent, dont celui de Bertrand Cantat : Noir Désir. J’apprends par la radio que sur une place chinoise des milliers de jeunes gens défient le pouvoir communiste, qu’un type a même réussi à faire reculer un char d’assaut, tout seul. Il se passe quelque chose. La photo est en une de tous les journaux.

Les Cure sont en pleine désillusion, Robert Smith ressemble de plus en plus à une chouette ombrageuse, Chirac est premier ministre, la modernité fantasmée des années 80 se pare des couleurs de l’arc en ciel. Les Macintosh ouvrent des horizons incroyables pendant que le Minitel passe en 16 couleurs…

Un mur, un putsch, et ça s’accélère

Le mur de Berlin tombe à l’automne 89. Tian’anmen a été réprimée, je m’écoute en boucle le premier disque vynil des Fishbones en me demandant comment tout ça va tourner.

Je le saurai un an et demi plus tard avec la première guerre d’Irak. Un truc de dingues, inimaginable à l’époque, qui a saisi tout le monde. Une propagande incroyable aussi, qui fonctionne à merveille. L’URSS n’est pas encore redevenue la Russie, même si on entend qu’elle est en train de franchement se casser la gueule. Personne ne sait s’il faut s’en réjouir ou non. Les Américains restent des gens inquiétants, eux aussi, parce qu’on les connaît mieux que les soviétiques mais que tout le monde a été prévenu par le type à casquette (qui les connaissait de la seconde guerre mondiale) et qui a demandé par référendum 20 ans plus tôt s’il devait partir ou non : ces gens [les yankees] sont dangereux, ne jamais les laisser prendre le dessus chez nous.

La première guerre d’Irak est un moment vraiment dur. Je repense à « Neuromancien » lu quelques années plus tôt et « 1984 » (bien plus tôt, au début des années 80) et me dis que si des millions de personnes passent leurs soirées à regarder des petits traits verts filer sur un écran noir en stockant du sucre et de la farine dans leurs arrière-cuisine, tout en étant convaincus que la guerre peut être chirurgicale, ça va être compliqué. L’URSS n’est plus, on apprend qu’un type rougeaud a putsché Gorbatchev, c’est dingue. 1991, l’année où le monde bascule une première fois. Certains se réjouissent, d’autres se demandent quand même ce que ça va donner. Mais au fond, on a passé tellement d’années avec la crainte que les deux grands ennemis ne pulvérisent la planète, qu’au fond, on est tous contents.

Le chômage, l’OMC, les PC, Kurt Kobain, le net et… Chirac

Kurt Kobain représente la dernière cartouche de la résistance à la connerie bourgeoise, au recouvrement de la société par la seule quête du confort matériel et la disparition des idéaux. Il se suicide en 1994, et ma jeunesse avec. C’est foutu, ils ont gagné me dis-je. Parce que désormais, sur les ondes, c’est fini. Dans la rue, aussi. Ca commence à se figer. Pas entièrement, puisqu’il y a encore des gens qui discutent, se fâchent, picolent, revendiquent, mais sur quoi au juste ? Le chômage est au même niveau qu’en 2016, plus de 10%, et visiblement les efforts des médias et des politiques pour asséner cette statistique portent leur fruit : tout le monde ne parle que de ça. Et du Sida qui est devenu « cause nationale ». Baiser fait crever, travailler c’est crucial surtout qu’il n’y a plus [ou presque] de travail.

image

Taux de chômage de 1968 à 2010

L’OMC est créée l’année du décès de Kobain, et donc de Nirvana. Coluche ou Desproges ont été remplacés par… Pierre Palmade et Murielle Robin. Ou Jean-Marie Bigard. Je regarde de temps en temps chez l’arrière grand mère de mon premier fils, ces pathétiques tentatives arrivistes de ces pseudo artistes de faire rire le bon peuple avec leurs propres travers. Comme si s’identifier à ces petits bourgeois plus ou moins vulgaires, qui détaillent leur manière de manger, recevoir des invités ou pratiquer le racisme (pour Bigard) au second degré (paraît-il) était devenu un loisir acceptable. Le rire coincé. De la petite bourgeoisie empruntée et… bourrée d’emprunts.

1994 : je découvre gopher et http. Ça scotche. Alors comme ça il y a un réseau mondial d’information auquel on peut se raccorder avec un ordinateur ? Je prends. Je regarde le Minitel comme une pure escroquerie gouvernementale. Ce qu’il est.

En 1995 Chirac est élu avec comme slogan « mangez des pommes ». On atteint des sommets de médiocrité. Tout en découvrant définitivement que Mitterrand était un Machiavel moderne, une ordure mégalomane qui a bien endormi les croyants du « dogme progressiste de gauche ». Ce type aura en fait effectué des changements « positifs et progressistes » pendants 3 ans aidé des communistes, puis totalement tourné sa veste pour organiser le monde de la finance-reine, du libéralisme décomplexé, de l’Europe supermarché des multinationales. Le vote de 1992 sur Maastricht était une belle escroquerie. L’Europe des peuples ? Des banques et des fusions de groupes, plutôt, oui. Les PC commencent à arriver dans certaines maisons. Pas beaucoup. Il y a du MS-DOS/Windows dessus. C’est laid et ça plante pas mal. Mais Win95, voulu comme la copie de l’interface du Mac arrive (MS-DOS est caché dedans, on ne le voit plus). Houhouhou : tu peux jouer avec avec — une fois que tu as résolu les conflits d’IRQ — mais c’est chiant.

Sans réseaux sociaux, sans smartphones ils se mobilisent !

Un truc dingue survient en 1995, comparé à aujourd’hui : une super grève paralyse le pays contre la réforme de Juppé le martial qui veut péter le système de retraite. Sans aucun outil numérique la grève, les manifs. Comme quoi, même à la préhistoire, les gens arrivaient à échanger et se mobiliser. La « fracture sociale » que Chirac voulait résorber durant la campagne n’a pas mis 6 mois à être oubliée. La TVA a augmenté. Les médias ne parlent que de chômage et de déficit public. Le grand manège politique propagandiste a commencé, mais ça résiste encore. Plus bien longtemps, pour une raison simple : la globalisation des échanges menée à fond de train par l’OMC et les institutions européennes qui préparent l’arrivée de l’euro, sont en pleine effervescence.

La musique, le cinéma, agonisent doucement. Les cafés se vident pas mal : il n’y a presque plus de jeux vidéo et de flippers dedans. On peut encore fumer et faire un peu chier les autres, mais on sent bien que ça ne va pas durer.

Et ça ne va pas durer…

Démocratie fissurée : chroniques d’un mauvais élève de la République (1)

samedi 16 juillet 2016 à 10:06

illustration-chronique-demos-fissuree

Le projet n’a rien d’ambitieux, mais il m’amuse : raconter, sur une période de 30 ans, la disparition progressive de tous les idéaux politiques français (et autres…) doublé de l’écroulement de la démocratie.

Cet exercice, ô combien subjectif, passe par le filtre des rencontres, expériences, voire « aventures » d’un informaticien, musicien  et écrivain devenu journaliste, qui n’a jamais voté, mais a toujours cru bon de chercher à comprendre la société qui l’entoure, voire la changer : moi. La stupidité n’est pas l’apanage des puissants, et les erreurs sont humaines.

Je fais partie de ceux qui se comptent comme responsables de « l’état du monde », puisque ayant participé, par force, à mon niveau, à son changement. Ayant en plus jeté dans l’arène du monde deux individus issus pour moitié de mes gènes, et désormais adultes, je ne me vois pas leur dire que je n’ai « aucune responsabilité dans tout ça ». Après tout, j’ai participé à la construction d’un modèle de société… ou oublié de le faire…?

30 ans « d’activité humaine autonome » (hors du foyer parental), c’est une bonne période pour faire le bilan. Pas le mien directement, mais celui de la société dans laquelle je vis. Cette république vacillante, la démocratie française, fissurée… et au bord de s’écrouler. Comment en sommes-nous arrivés là ?

La mort de Coluche, de Desproges : quelque chose change radicalement

C’est étrange, mais la mort de Michel Colluci a été pour moi le début de la fin de quelque chose d’important. Comme celle de Pierre Desproges, deux ans plus tard. Ces deux clown français — totalement différents dans leur approche — ont aidé des millions de personnes à résister à la morgue des politiciens. Le rire, dans une société, est très important, il rapproche les gens, les aide à relativiser. Quand ce rire est fait d’une satire des comportements politiques, des travers humains, de  la société, c’est une sorte de catharsis collective qui soude un peuple contre la bêtise des puissants et de ceux qui les confortent. Coluche était une bête politique au sens le plus noble du terme, et il permettait à des foules hilares de déchiffrer l’absurdité de la société faussement « démocratique ou « libre » dans laquelle ils étaient plongés. Desproges renvoyait les contradictions permanentes qui agitaient à peu près tout le monde.

En 86, Chirac est nommé Premier ministre de François Mitterand, il est ridicule et inquiétant à la fois, Tchernobyl explose,  le scandale du Rainbow Warrior enflamme les unes des journaux, et le plus grand comique agitateur disparait. Je ne dis pas que c’est la mort de Coluche, puis celle de Desproges qui ont fait changer radicalement les choses, mais ne plus les avoir à partir de ce moment, comme « fous du roi » et représentants de l’irrévérence populaire, change quelque chose. Une sensation : tout le monde va se prendre beaucoup plus au sérieux, et prendre beaucoup plus au sérieux ceux qui ont besoin d’être pris au sérieux : les dirigeants politiques.

En 1986, et jusqu’à la mort de Kurt Cobain en 1994 — cette mort de Kurt Cobain est un bon marqueur… de la fin de « la politique par la musique » — la sphère culturelle, artistique, va continuer à tenter de résister à l’envahissement progressif de l’espace sociétal par le management. Ces quelques 8 années sont une sorte de chant funèbre des dernière bribes de la démocratie occidentale issue des 30 glorieuses — celle où la « population » et ceux qui les accompagnaient étaient encore en position de force et de proposition face aux puissances dominantes politico-économiques. La finance nationale internationalisée

Le CAC 40 n’existait pas en 1986, mais son apparition en 1988 (en réalité il est crée le 31 décembre 1987 et s’officialise le 15 juin 1988) n’est pas pour rien dans le basculement de société qui s’opère ensuite. La Cotation en Action Continue remplace la Bourse à la criée, anciennement nommée… Compagnie des Agents de Change, elle s’informatise donc, par force, et disparaît physiquement.

L’histoire de cet indice boursier qui permet d’embarquer la France dans la grande compétition mondiale et d’ouvrir les vannes des flux financiers, avec la possibilité de créer les entreprises géantes aux centaines de filiales installées dans des paradis fiscaux, est intéressante à suivre dans sa progression. Ce tableau montre bien (source : wikipedia) comment une oligarchie de taille internationale s’est créée grâce à la financiarisation de l’économie française (sous une présidence politique socialiste, puis renforcée par un gouvernement socialiste) :

CAC 40 GR : calculé dividendes bruts réinvestis
CAC 40 NR : calculé dividendes nets réinvestis

CAC40-evolution
Le cinéma, la littérature, la musique et la démocratie sont étroitement liés

Pourquoi parler des artistes et de la culture en général pour décrire les changement politico-économiques de la société française ? Parce que le lien entre les aspirations de la population, sa capacité à résister ou au contraire se laisser manipuler par des « élites » est totalement lié à cet aspect des choses. La culture au sens large, populaire, est normalement un ciment commun, et ceux qui la génèrent ont longtemps été les porte-paroles des aspirations, dénonciations, mises en cause, réflexions d’un « plus grand nombre ». Il en a été ainsi en tout cas, à mon sens, plusieurs décennies d’affilée.
Cinéma engagé, contestataire, musique rebelle, théâtre social, romans « dérangeants » : des générations entières se sont levées pour contester l’ordre établi grâce à des œuvres artistiques. Jusqu’à que le marketing recouvre tout, et n’industrialise l’art, le transformant en pur produit industriel sans âme ni inspiration. L’endormissement général, la docilité que le consumérisme généralisé a apporté, sont liés à cette main-mise de la culture par les marchands. Elle débutera de façon très marquée au détour des années 90, et avec l’avènement de l’Internet galerie-marchande, au milieu des années 2000, écrasera totalement toute autre approche.

Que s’est-il passé d’autre de marquant à partir de 1986, pour que nous en soyons arrivés à cet état de délabrement de la société ?

Beaucoup de choses.
Que nous devrions bien observer, pour mieux les déconstruire afin de les reconstruire autrement ?
Fort probable…

A suivre : « Démocratie fissurée : chroniques d’un mauvais élève de la République (2) »

Déchets nucléaires : investir, coloniser, enfouir

jeudi 14 juillet 2016 à 13:43

affiche_reoccupation_FR Un petit coin de Lorraine devient le théâtre d’une radieuse guerre de tranchées. C’est à Bure, un micro village de la Meuse, que les intérêts de toute l’industrie nucléaire vont se jouer pour des millénaires. C’est là qu’une grande poubelle radioactive est en gestation, dans le sous-sol argileux de ce coin de campagne quasi désertique, où les résidus les plus toxiques de la filière atomique se cherchent une petite place au chaud. Cette guerre de tranchées, qui a pris une autre dimension depuis l’été dernier, est davantage une guerre d’usure, où l’important est moins d’investir les lieux et les espaces que de coloniser les esprits et les consciences.

Tout se joue, en ce moment, autour du bois Lejuc, une forêt de charmes, de chênes et de hêtres de 230 Ha convoitée par l’ANDRA, l’Agence de « gestion » des déchets radioactifs qui passe le plus clair de son temps à faire plutôt de la  « digestion » sémantique pour faire apprivoiser les résistances et rendre sa présence acceptable. Depuis le 19 juin, le rapport de forces s’est inversé. Face au rouleau compresseur atomique, une joyeuse troupe est parvenu à occuper le bois Lejuc, à Mandres-en-Barois (au nord de Bure, cf la carte plus bas), qui était tranquillement en train de se faire dévaster par l’ANDRA pour y construire l’un des lieux d’implantation de sa grande poubelle nucléaire. Le bois a été occupé pendant trois semaines, après avoir fait tomber grilles et barbelés et expulser une petite armée de vigiles. Pour l’ANDRA, présente officiellement dans le coin depuis 1999, ce fut une énorme humiliation. D’où une expulsion manu militari intervenue la semaine dernière, le 7 juillet, où une petite trentaine d’occupants ont été délogés par des dizaines de gendarmes mobiles armés jusqu’aux dents. Le deuxième round débute demain, où les opposants appellent à une « manif de réoccupation » qui s’annonce autant savoureuse qu’explosive.

[Update : pour suivre le déroulé de la journée et des suivantes, c’est ici]

mandres-bure-carte

Les pouvoirs publics, qui travaillent en réalité pour des intérêts bassement industriels, ont pourtant mis le paquet pour que la pilule amère devienne digeste et même addictive. Le projet d’enfouissement des déchets nucléaire date du milieu des années 90. Le site de Bure a été choisi en 1998, par un décret signé du premier ministre de l’Environnement issu du parti des Verts, en l’occurrence Domnique Voynet. L’entourloupe a consisté à installer à Bure un simple « laboratoire » destiné officiellement à étudier la faisabilité de stocker à 500 mètres de profondeur les déchets radioactifs les plus nocifs que l’industrie accumule depuis plus de quarante ans : ils représentent seulement 3% des volumes, mais pas moins de 99% de leur radioactivité totale (mettant des centaines voire des milliers d’années à perdre seulement la moitié de leur radiotoxicité). Le « labo » de Bure est la préfiguration d’une phase industrielle bien plus colossale, baptisée Cigeo – Centre industriel de stockage géologique –, un chantier estimé au bas mot à 25 milliards d’euros (41 milliards pour l’estimation la plus haute). Le pire dans tout ça, c’est que parmi les 85.000 m3 de déchets que ce site est censé enfouir, la moitié n’a pas encore été produit.

IMG_3754smC’est là tout l’enjeu de cette guerre de tranchées : enfouir les déchets sert aussi à enfouir tout espoir de résistance à l’industrie nucléaire en tant que telle. La gestion des déchets, c’est bien connu, c’est le talon d’Achille de la filière. Les mettre sous le tapis sert avant tout à les dissimuler du paysage politique, à entretenir l’idée que le nucléaire est non seulement « propre » par son absence de rejets de gaz à effet de serre (même si l’extraction de l’uranium en recrache des tonnes) mais qu’il est aussi capable de se régénérer. Trouver « la » solution des déchets nucléaires, c’est avant tout, pour les nucléocrates, mettre en avant « la » solution pour assurer sa survie économique, alors que tous les acteurs (Areva et EDF en tête) sont embourbés dans un marasme économique et financier hors du commun. Creuser la poubelle de Bure, c’est donc construire la dernière pierre d’un édifice destiné à sauver l’énergie nucléaire d’un ultime discrédit pathétique.

Qu’un village de 80 habitants soit le lieu du plus grand projet inutile que le monde nous envie est donc plus que révélateur. L’ANDRA y travaille consciencieusement depuis vingt ans. L’Agence a d’ailleurs davantage travaillé sur les gens qu’avec ou contre eux. Son travail de sape consiste à accommoder la région et les habitants de son implacable emprise. Elle a notamment créé un  « Comité d’Orientation et de Suivi du Laboratoire de Recherche Souterrain Meuse / Haute-Marne » (COS), organe technique (géologues, hydrologues, physiciens ou ingénieurs divers et variés), ainsi qu’un « Comité d’expertise et de suivi de la démarche d’information et de consultation » (COESDIC). Trois des quatre experts de ce dernier machin sont des sociologues. Le premier d’entre eux, son actuel président, Michel Callon, ex-membre du CA de l’ANDRA, est professeur à l’École des Mines de Paris (haut lieu de la nucléocratie), et figure émérite de son « Centre de Sociologie de l’Innovation » (sorte de laboratoire de « lavage des cerveaux »). Son truc, c’est l’acceptabilité sociale, discipline expérimentée avec succès pour imposer, notamment, les nanotechnologies.

L’atelier de bricolage grenoblois Pièces et main d’œuvre (PMO), poil à gratter de la nanoindustrie, a depuis longtemps repéré la dextérité de Callon dans ce domaine. Dans un article vieux de dix ans, PMO décrit sa philosophie, tiré d’un bouquin paru en 2001, « Agir dans un monde incertain – essai sur la démocratie technique »:

« Élus, décideurs, vous affrontez des « controverses » nées des catastrophes techno-industrielles ? Comment les gérer ? Grâce aux « procédures de dialogue avec le peuple » taillées sur mesure par ces sociologues jaunes. Mode d’emploi : n’entrez pas dans la confrontation directe, tâchez d’« organiser, maîtriser les débordements sans vouloir pour autant les empêcher ». Montez des « forums hybrides », mêlant scientifiques et « profanes », pour favoriser les compromis. Exemple de résultat ? « Le nucléaire qui en sortira  sera socialement, politiquement et même techniquement complètement différent du nucléaire qui aurait été décidé en dehors des forums hybrides. Parler « du » nucléaire en général n’a aucun sens. Jouer au jeu de ceux qui sont pour et de ceux qui sont contre est encore plus inepte. »

REOCCUPbisLes fameux « débats publics », comme celui qui se termine le 17 juillet autour du mégacomplexe du groupe Auchan Europacity, ont sévi autour du projet Cigeo à deux reprises, en 2005 et 2013. Le dernier ayant été boycotté par les opposants regroupés dans la coordination Bure Stop, échaudés par la mascarade « participative » de la première salve.

Comme le dit Claude Kaiser, l’un des membres historiques de Bure Stop, dans un papier récent de Bastamag, le choix de Bure ne s’est pas fait au hasard. La région ne compte que 6 ou 7 habitants au km2. Il se souvient d’un rendez-vous obtenu par les opposants avec un conseiller du Premier ministre Lionel Jospin, peu après la signature du décret Voynet de 1998 :

« Il nous dit d’emblée, “Mettez nous 10 000 personnes dans la rue et là on pourra peut-être commencer à discuter”. On lui répond “mais comment voulez-vous que l’on mobilise autant dans la Meuse ?” Sa réplique, je ne suis pas prêt de l’oublier : “C’est bien pour ça que la Meuse a été choisie” ! »

Pour investir les esprits, rien de mieux que d’investir tout court (au sens économique et financier). Le site de Bure est ainsi devenu l’épicentre d’un « cluster de compétitivité », un « pôle d’excellence nucléaire » destiné autant à sauver une région économiquement sinistrée que d’imposer Cigeo dans les consciences. Avant cela, l’argent public coulait à flot depuis 1991: l’État décide alors de verser 5 millions de francs (MF) par an aux quatre sites présélectionnés pour l’enfouissement des déchets. Une somme annuelle multipliée par deux en 1995. En 1998, quand Bure est seule en lice, la manne passe à 10 MF par an (1,5 millions d’euros, M€) – mais pour chacun des deux départements, Meuse et Haute-Marne (où Cigeo devrait s’implanter aussi). En 2000, on passe d’emblée à 18 M€ par an et par département. Puis 20 M€ en 2006, et 30 M€ depuis 2009 ! Soit 60 M€ par an pour acheter la paix atomique. Sorte de corruption (radio)active complètement assumée!

IMG_3749resiz

Depuis 2006, ce fric est « géré » par un Groupement d’intérêt public (GIP), dont le budget est alimenté par les acteurs de la filière nucléaire. Claude Kaiser : « J’ai cherché d’autres exemples, il n’y en a pas ! C’est la toute première fois dans l’histoire des institutions françaises que de l’argent est distribué massivement aux collectivités, associations, entreprises et particuliers. Et ce avant même que le projet ne soit officiellement décidé. » « Chaque village arbore de magnifiques lampadaires flambant neufs illuminant des trottoirs également neufs », raconte Bastamag. « Des salles des fêtes au design soigné poussent comme des champignons. Réhabiliter une grange ou rénover un chemin privé ? Le GIP est à votre écoute. »

IMG_3747resizLa liste des implantations industrielles ou scientifiques liées au nucléaire est impressionnante : « Areva et EDF ont installé leurs archives, EDF a construit un centre de maintenance pour pièces de centrales, Areva une plate-forme logistique pour ses transports de colis radioactifs, et des formations liées aux métiers du nucléaire se sont développées dans les lycées ou universités du coin. Sans oublier la touche « écolo » : panneaux solaires et champs d’éoliennes à tout-va. »

Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) – et « aux énergies alternatives » (sic) –  a même installé un fumeux centre de recherche « pilote » pour fabriquer du « biocarburant » (Syndiese pour « diesel de synthèse ») à base de cellulose de bois. Les militants du coin l’ont mauvaise : et si cette usine à gaz était là pour digérer le bois (pardon, la « biomasse ») qui sera rasé suite à la construction des 600 Ha que nécessitera l’implantation de Cigeo? Le combat qui s’engage dans le bois Lejuc, celui qui fut occupé jusqu’au 7 juillet et qui sera l’objet d’une nouvelle tentative de « libération » le week-end prochain, est donc plus que symbolique. L’ANDRA, qui dispose d’un énorme budget communication, a aussi installé une « écothèque » et propose depuis un an, au sein même du labo, une « exposition » baptisée « Découverte en forêt ». Complètement désertée – pour y pénétrer il faut laisser une pièce d’identité, et être accompagné par un gent de sécurité pour passer une barrière cadenassée – elle met en avant le travail de l’Office national des forêts (ONF). « Dans cette « expo », ils recommandent exactement tout le contraire de ce qu’ils ont fait dans le bois Lejuc !« , affirme un militant qui a pu constater les dégâts lors de l’occupation du bois de Mandres : 9 Ha sauvagement défrichés, des chênes centenaires ravagés sans aucun respect des règles d’abattage, en pleine période de nidification des oiseaux, sans que les recommandations de l’ONF n’aient été respectées. « Faites ce que je dis, pas ce que je détruit! »

IMG_3718resizLe mot de la fin d’un agriculteur de la région, Jean-Pierre Simon, preuve que la lutte contre Cigeo n’est pas l’apanage de vulgaires « zadistes » hors-sol qui cherchent un os à ronger pour assouvir leur soif anticapitaliste. C’est son matériel agricole qui a été « saisi » après la contre-attaque des gendarmes qui ont repris le bois Lejuc.

Il parle de « rouleau compresseur » et de « chape de plomb » pour décrire les méthodes de l’Andra. « Il est très difficile de résister à l’annexion des consciences, quel que soit sa taille, son statut, son activité dans le secteur. Sans l’occupation du bois, il était difficile de contester les méthodes utilisées, il faut maintenant les montrer et les combattre avec les moyens juridiques dont on dispose. »

—-

Plus d’infos sur l’actualité de la lutte sur place : http://vmc.camphttp://burestop.free.frhttps://burezonelibre.noblogs.org

Nous vous scrutons, bien que ce ne soit pas vous la cible

jeudi 14 juillet 2016 à 10:53

image

Comment repérer des criminels dans une foule, sans scruter la foule ? Comment connaître les habitudes des terroristes sans connaître celles des non-terroristes ? Comment établir des profils type, sans les comparer à un ensemble ? Comment créer des alarmes comportementales sans connaître les habitudes du plus grand nombre ? Comment fouiller la vie privée d’un seul individu, sans savoir à quoi correspond le quotidien des autres ?

Toutes ces questions n’en représentent qu’une seule. Celle de la fin et des moyens dans la lutte contre le terrorisme, et plus généralement, contre la criminalité. Plus avant encore : quels moyens mettre en place pour empêcher, répondre à toute tentative d’opposition aux institutions et leurs représentants, contre l’ordre établi. Ou de fraude. De dissidence. De contestation ?

Nous parlons bien entendu de la surveillance — par des biais technologiques — cette nouvelle forme de gouvernance politique qui se répand à une vitesse exponentielle, sans garde-fous ni débats de fond. Comprendre ces technologies — et leur utilisation effective ou supposée — est une nécessité citoyenne, puisque sans connaissance il est impossible de contrecarrer un projet, quel qu’il soit.

Cet article est le premier d’un dossier sur « l’algopolitique », ou comment les algorithmes peuvent remplacer les hommes et les femmes politiques quand ceux-ci n’ont plus aucune vocation autre que celle de renforcer et administrer un système politico-économique en grande déliquescence.

Data mining, IOL et croisements de bases de données sont dans un bateau

Et personne ne tombe à l’eau. Car le bateau est très neuf, avec des rambardes en acier trempé. Pour l’instant.

La récente annonce du succès de l’administration française « pour chasser les fraudeurs » aux prestations sociales grâce au « big data » couplé aux algorithmes de data mining (précisons que sans le data mining via des algorithmes, on voit mal comment des êtres humains pourraient croiser des milliards d’informations issues des big data) est une bonne campagne de communication. Imaginez que plus de 200 millions d’euros de prestations indûment versées à ces scélérats de citoyens indélicats ont été ainsi économisés. Le citoyen affalé sur son canapé devant son poste (en attente de la retransmission d’un match de l’Euro 2016 ou de son épisode de téléréalité) applaudit : la technologie se préoccupe d’économiser ses impôts en fouillant dans la vie administrative de tous. Formidable. Quel progrès…

Le croisement d’informations entre la CAF, la CPAM, l’UNEDIC, etc, permet aux robots logiciels de détecter les anomalies et pointer ainsi de leur doigt digital tous ceux qui ont touché de l’argent des caisses de l’État ou des commissions paritaires alors qu’il n’auraient pas dû.

Extrait du document « Lutte contre la fraude bilan 2014 » de la Délégation nationale de lutte contre la fraude :

image

Dans le sens inverse, rien n’est fait, bien entendu. On estime pourtant à… plus de 7 milliards d’euros annuel le montant des prestations sociales qu’une partie de la population pourrait toucher… et ne touche pas (lire « La face cachée de la fraude sociale » — le Monde Diplomatique, juillet 2013). Toute cette technologie de fouille des données par des agents informatiques à été mise en place sans aucune concertation, comme si déléguer des tâches administratives [pouvant créer des drames humains] n’avait aucune importance. Remarquons que la majorité des bénéficiaires de prestations sociales (allocations logement, chômage) est de condition modeste. N’oublions pas non plus que la fraude à la sécurité sociale en France représente 4 milliards d’euros, qu’il faut comparer à celle aux impôts qui s’élève à 25 milliards et celle aux prestations (des entreprises)… à 16 milliards d’euros. Mais avec le discours politique sur la fraude des « petits en grand nombre » , des « sociétés de l’innovation numérique » ne s’y sont pas trompées et proposent leurs services :

<script async src="//platform.twitter.com/widgets.js" charset="utf-8">

La formidable puissance des algorithmes et du machine learning au service de la chasse à la fraude : difficile de ne pas adhérer au concept…

image

 

Et IOL dans tout ça, me direz-vous ? Les interceptions administratives sur Internet ont été mises en place dans le plus grand secret, et personne n’est en [encore] en mesure de dire comment les sondes implantées dans les DSLAM (les équipements auxquelles sont connectées les paires de cuivre des abonnés au téléphone pour accéder à Internet) « travaillent », ni quand, ni à quelle fréquence, à quelles fins, ni même pour quels services de l’État. Mais pour autant, de nombreux indices peuvent permettre de se faire une idée de l’utilisation effective ou future d’IOL…

Scruter la population en préservant l’anonymat : la panacée selon… les politiques

Les élus feignent semblent ne pas comprendre parfaitement les technologies mises en œuvre aux fins de surveillance ou de détection du « crime ». Les concepts d’algorithme, de data mining, de machine/deep learning peuvent par exemple leur paraître tout à fait pertinents et sans conséquences pour les libertés publiques dans le cas de la reconnaissance faciale par caméras, alors qu’ils jurent — dans le même temps — ne pas vouloir « surveiller tout le monde » sur Internet. L’exemple récent du projet de loi de reconnaissance faciale donne une bonne indication de la duplicité compétence toute relative des responsables politiques dans ce domaine. Nos confrères de NextInpact s’en sont fait l’écho :

(…) Une proposition de loi autorisant les forces de l’ordre à recourir à des logiciels capables de reconnaître – en temps réel – le visage de certaines personnes à partir des images retransmises par des caméras de vidéosurveillance (…)

Des bases de données avec des photos de fichés « S » (les individus considérés dangereux pour la sécurité intérieure), des caméras publiques, des algorithmes qui scrutent, scannent les visages dans la foule et tentent de « matcher » ceux qui défilent sous leurs yeux électroniques avec ceux référencés dans les bases de données (vidéo France TV : http://www.francetvinfo.fr/monde/terrorisme-djihadistes/lutte-contre-le-terrorisme-la-reconnaissance-faciale-bientot-utilisee_1407057.html) : voici la proposition des politiques. Bien entendu, toutes les « garanties » sont là pour préserver les libertés publiques, l’anonymat, etc… d’après eux. Mais NextInpact souligne un point incontournable, et central :

(…) Les auteurs de cette proposition de loi ne peuvent toutefois feindre que pour repérer un individu dans un océan de visages, les logiciels de reconnaissance faciale devront nécessairement scruter l’ensemble des personnes entrant dans le champ des caméras(…)

Les sondes IOL et les boîtes noires fonctionnent exactement comme la reconnaissance faciale : elles sont obligées de capturer toute l’information qui passe, pour en faire l’analyse. Et de la même manière que les caméras, ce n’est pas toute la population française qui est scannée, mais toute la population qui passe devant ces caméras. Ou toutes les métadonnées (ou via le DPI, certaines informations contenues dans les paquets IP ?) de la portion de population que les sondes des DSLAM — actives à un moment « T » —décident de capturer.

Gestionnaires politiques assistés par ordinateur

Les gouvernants ont l’intention de faire de la « transition numérique » une opportunité pour améliorer leur contrôle dans la gestion du pays, et des administrés qui le peuplent. La GPAO (gestion politique assistée par ordinateur) se met en place sans se nommer. Ce que de nombreux chercheurs appellent gouvernance algorithmique ou plus simplement : algopolitique. Sans paranoïa aucune, ou comparaison avec des œuvres de fiction dystopiques, il est nécessaire de permettre au plus grand nombre de bien comprendre ce qui est mis en œuvre par les différents gouvernements français, dans le cadre de l’utilisation des technologies issues des big data (ou mégadonnées en bon français) à des fins politiques. Que ces fins soient déclarées uniquement sous des prétextes sécuritaires, anti-terroristes, que les mesures soient « encadrées » ou « sous contrôle » ne change rien à un phénomène qui doit être débattu. Avec l’algopolitique, nous changeons de modèle de société, de mode de gouvernance, et de contrat social. Si aucun représentant du peuple ne vient rapidement soulever cette problématique, il y a fort à parier que ce que nous nommons encore « libertés individuelles » aujourd’hui, n’aura plus rien à voir demain.

[Le prochain article traitera spécifiquement de l’algopolitique et des  technologies, recherches, outil liés à ce « concept » à l’étranger comme en France]

 

Error happened! 0 - Call to undefined function simplexml_load_string() In: /var/www/Projet-Autoblog/autoblogs/autoblog.php:364 http://www.couturat.fr/Projet-Autoblog/autoblogs/refletsinfo_1cad54e4a83836c98f56571ea82451cbd7d3d887/?95 #0 /var/www/Projet-Autoblog/autoblogs/autoblog.php(932): VroumVroum_Blog->update() #1 /var/www/Projet-Autoblog/autoblogs/refletsinfo_1cad54e4a83836c98f56571ea82451cbd7d3d887/index.php(1): require_once('/var/www/Projet...') #2 {main}