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Face à la prise en otage du monde, hackons nos existences

dimanche 24 janvier 2016 à 11:58
hackerdef

Photo : @epimae (CC-BY-NC-SA 3.0 fr)

La période que nous vivons est difficile, perturbante. D’un point de vue collectif, et individuel. Chacun ou presque tente de trouver une issue aux énormes défis qui se dressent devant la société française : écroulement économique, destruction sociale, marchandisation et mort de la culture, extinction des principes du vivre-ensemble universels, agonie du politique. Mon regard s’est posé sur un petit ouvrage en rangeant une bibliothèque nouvellement construite, celui de Stéphane Hessel : « Indignez-vous ! ». Il est est sorti cette tribune, bouteille jetée dans la mer de confusion qui prédomine aujourd’hui. Rien d’autre que des constats et des issues, parfaitement envisageables, pour tous ceux qui ont encore envie de fabriquer un monde humainement acceptable.

Indignez-vous ! : le cri d’un vieux monsieur dépassé

Stéphane Hessel analysait le monde dans son ouvrage « Indignez-vous ! » à l’aune de sa longue expérience débutée dans la première moitié du XXème siècle. La seconde guerre mondiale était un moment crucial, formateur et constitutif d’une voie de lutte pour sortir d’un état sociétal et politique mortifère. Hessel a participé à sortir sa société humaine de l’ornière dans laquelle elle était enfoncée, a lutté, et aidé à construire le monde d’après, celui de la sécurité sociale, des retraites par répartitions, des Droits universels. 60 ans après, Stéphane Hessel portait un regard sur le monde libéral, celui qui opprime la majorité des êtres humains. Un regard un peu lointain et pessimiste. Hessel, au final, proposait l’indignation comme remède collectif.

Les indignés espagnols ont été inspirés, en 2011, par l’ouvrage de Stéphane Hessel qui fut pour beaucoup à la base de leur mouvement. L’indignation collective espagnole a été une très belle expérience, pleine d’espoir. Puis elle s’est écrasée sur le mur de la puissance étatique, bancaire, entrepreneuriale, politique, et n’a pu que renaître, quelques années après sous la forme établi, connue du parti politique. Podemos. Un parti d’indignés, des indignés plutôt policés, qui tentent de jouer le jeu des dirigeants en costard-cravate-tailleur en s’habillant avec des chemises ouvertes et des jeans délavés. Tout ça est très courageux, intéressant, mais ne mènera nulle part. L’indignation ne mènera nulle part. L’analyse de Stéphane Hessel était simplement celle d’un vieux monsieur dépassé par le monde du XXIème siècle, un monde bien plus torturé, complexe, rapide, multiforme, vicieux et politiquement totalitaire que ne l’était celui de sa jeunesse.

Où est le contrôle, où est et le pouvoir ?

L’indignation est une forme de reconnaissance du pouvoir établi. S’indigner ne mène nulle part, et n‘a aucune chance d’améliorer quoi que ce soit sur la planète, au contraire. Plus les individus s’indignent, plus leur énergie est détournée de l’action concrète, de la fabrication, de la construction. Résister, avec un ennemi oppresseur connu et localisé, a une valeur, ce qui fut le cas lors de la seconde guerre mondiale. Au XXIè siècle, l’indignation est une voie d’extinction des bonnes volontés. En électronique, une résistance sert à empêcher un trop plein d’énergie électrique de passer, elle affaiblit le courant qui la traverse.

Résister, en s’indignant, en luttant, est le meilleur moyen d’être sous contrôle, de démontrer que le pouvoir est aux mains de ceux qui prétendent le détenir. Dans un monde ultra-technologique, pris dans les serres de puissances financières colossales, aux visages anonymes, la lutte est toujours écrasée, la résistance anéantie ou récupérée.

La dictature managériale est dans les têtes

Le fonctionnement imposé au monde est nommé libéral, ou néo-libéral, voire ultra-libéral, et il n’est pas une simple application d’une théorie politico-économique ayant pour but de faire [mieux] fonctionner les sociétés. Parler du libéralisme n’est pas parler de « libertés », mais d’une voie de gouvernance et au delà, d’une forme de philosophie de la vie, de « gestion des existences ». La pensée néo-libérale a écrasé le monde, et réussi un tour de force, celui de changer les mentalités, pour au final, les gouverner. Le néo-libéralisme fonctionne uniquement parce que les populations pensent leurs propres existences en termes néo-libéraux.

Efficacité, optimisation, gestion, management, comptabilité, utilité, organisation, processus, rapidité, gains, performance, profits, capacités, évaluations : tous ces concepts ont recouvert le monde. Pas seulement celui de l’entreprise, comme ce fut le cas, dans une mesure plus limitée il y a quelques décennies, mais celui de la vie des individus. Dans leur « fonctionnement familial », leurs loisirs, leurs échanges sociaux, leur vision de la société. Le culte de l’efficacité, de l’optimisation et du profit s’est répandu dans les esprits : chacun, ou presque est une petite entreprise néo-libérale qui essaye d’optimiser sa gestion quotidienne de la vie. On gère ses enfants. On améliore son quotidien. On optimise son temps de travail. On organise sa vie. On profite de ses temps libres…

Hacker nos existences : reprendre le pouvoir

Le seul pouvoir réel des individus qui veulent un autre monde, plus juste, moins violent, plus harmonieux, plus apaisé, plus équilibré, etc, est celui de créer ce monde à leur propre échelle. Cette possibilité de reprendre le pouvoir n’est pas une simple vue de l’esprit, elle est parfaitement concrète. Mais elle demande de modifier profondément notre rapport au dit monde, et à notre existence. C’est un hack. Et  le hacking étant ce qu’il est, il est nécessaire de scruter notre propre fonctionnement, afin de le comprendre, le démonter, puis le modifier pour qu’il fasse « autre chose » . C’est cet « autre chose » qui devient le hack de notre existence. Un autre fonctionnement implique une autre mentalité, une autre façon de faire. Parce qu’un hack c’est du « faire », pas du « dire ». Ce n’est pas résister ou s’indigner, c’est fabriquer. Et avec toute fabrication, il y a du sens. Le hacking fabrique aussi du sens.

Hacker nos existences signifie donc faire autrement dans une société qui ne fonctionne que d’une seule manière, celle du « libéralisme » appliqué à tous. Le pouvoir que nous en retirons est évident, il permet de faire — au quotidien — un maximum de choses indépendamment, le plus possible, du système en place (quel qu’il soit : système de pensée, politique, économique), par soi-même le plus souvent, sans payer des intermédiaires ou des instances supérieures.

Il est ainsi possible, à sa propre échelle individuelle, au départ, d’exister autrement dans la société. Se ré-emparer de l’énergie, de son habitation, de l’éducation (surtout de la relation à ses enfants), de se nourrir, de s’activer ou de ne pas s’activer, de réfléchir, de dormir, prendre du plaisir, vaquer, cultiver, se déplacer, échanger…

Comment penser changer le monde, l’améliorer, en laissant un téléviseur expliquer le monde à ses enfants ? Comment vouloir se libérer des multinationales en leur donnant en permanence la plupart de ses rentrées d’argent ? Comment vouloir un monde d’échanges et de partages en passant le plus clair de son temps à regarder des écrans et à ne pas rencontrer des gens physiquement et ne pas faire des choses avec eux, physiquement ?

Hacker nos vies, pour hacker la société, dans un sens positif, passe par un changement personnel, quotidien, concret, puis par la rencontre avec d’autres hackers quotidiens pour faire… [toujours] ensemble.

Ainsi, est-il possible de créer son propre réseau de communication et d’accès à Internet, d’ouvrir des lieux d’échanges, de savoirs, de savoirs-faire, de créer son énergie, son habitat, de produire sa nourriture, d’en produire à plusieurs : vivre, quoi…

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