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François Fillon et le cabinet noir

lundi 3 avril 2017 à 18:41

C’était l’arme fatale pour déclencher sa réhabilitation. Un « cabinet noir » à la solde du pouvoir politique voulait détruire la candidature de François Fillon. Ce dernier a brandi cette accusation pendant l’Emission politique de France2. Il s’est basé sur un livre : « Bienvenue place Beauvau« . Et cela ne pouvait pas mieux tomber. Le bouquin est écrit par deux journalistes du Canard Enchaîné et une journaliste du Point. Le même Canard qui est à l’origine des révélations qui ont mis à mal François Fillon. Une sorte d’aveu, dans l’esprit du candidat des Républicains : les journalistes du journal que mes opposants brandissent en étendard ont écrit un livre dans lequel ils évoquent un cabinet noir au service du pouvoir, c’est donc que c’est vrai, on m’en veut, on veut me détruire ».

Patatras !

Las… L’arme fatale se révèle un pétard mouillé, mais surtout un révélateur de la vision totalement distordue de la réalité que peut avoir François Fillon. A peine a-t-il lancé son accusation en direct à la télévision que les auteurs du livre s’empressent de démentir sur France Info (notamment) l’existence d’un cabinet noir. Ils soulignent qu’ils n’ont pas pu prouver l’existence d’un tel cabinet. Ca fait Pschiiit, comme aurait dit Jacques Chirac.

Mais surtout, François Fillon applique à son propre cas l’existence supposée de ce cabinet noir. Or le livre ne cite que trois fois le candidat des Républicains.

La première pour rappeler que ce dernier avait déjeuné avec Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Elysée pour obtenir d’un éventuel cabinet noir, ou tout au moins de Hollande, que la justice accélère les procédures contre Nicolas Sarkozy. Histoire de le disqualifier pour la primaire de la droite. L’affaire racontée dans Le Monde avait raffermi encore les relations entre le collaborateur et son ancien patron :

La deuxième citation concerne cette fois les collaborateurs de François Fillon à Matignon. Ils avaient peur d’être mis sur écoute, sans doute par un cabinet noir de Nicolas Sarkozy ?

La troisième citation n’a rien à voir avec des histoires d’écoutes ou de cabinet noir.

Bref, en laissant penser, sur la base de ce livre, qu’un cabinet noir a orchestré une campagne contre lui, Fillon rêve éveillé. Il n’y a pas un mot en ce sens dans ce livre.

Un livre ne fait pas un Canard

Pour ce qui est de l’association entre le livre et le Canard, François Fillon va un peu vite en besogne. Le journal l’a d’ailleurs rappelé dans son édito du 29 mars. Extrait  :

Sauf que ce livre n’est pas le journal et n’engage donc pas « Le Canard ». En outre, s’il évoque la fantasmagorie du « cabinet noir », qui, de Mazarin à Clemenceau, via Fouché et Bismut-Sarkozy, a déjà beaucoup servi, il n’établit en rien l’existence d’un tel cabinet et ne consacre que quelques lignes à l’affaire Fillon. Le livre dénonce, en revanche, un système qui permet au chef de l’ Etat de nommer ses affidés aux postes clés et de faire remonter vers lui toutes les informations sensibles. Un système moyennement républicain qui nourrit, parfois avec raison, des soupçons d’espionnage ou de manipulations. Mais des soupçons ne sont pas des preuves. C’est d’ailleurs, outre leur vision très policière de la politique, le reproche qu’on peut faire aux auteurs : ne pas avoir suffisamment étayé leurs accusations. Quant à la récupération grossière du livre par le clan Fillon pour en tordre à son avantage quelques formulations hâtives, elle frise le ridicule.

[…]

Pour fabriquer les soupçons d’emploi fictif qui valent
sa mise en examen à Penelope Fillon, les notes de lecture à 100.000 euros, les rémunérations rétrocédées des enfants Fillon, les costumes offerts par un donateur sulfureux à François Fillon, les montres, les clients russes, etc., ce n’est pas un « cabinet noir » qu’il aurait fallu, c’est au moins une usine !

La paille, la poutre et tout le reste

En attribuant ses ennuis judiciaires à un cabinet noir, François Fillon exclut qu’ils puissent être simplement dus à son comportement. Il est persuadé – et c’est son droit puisqu’il est présumé innocent jusqu’au jour où il sera peut-être, ou pas, condamné, qu’il n’y a rien dans le dossier. Tout est « construit » pour lui nuire. Il a d’ailleurs indiqué que sa femme ne serait pas condamnée :

« Mon épouse ne sera pas condamnée. Depuis le début je vous le dis, cette affaire a été montée de toute pièce », a déclaré le candidat de la droite à la présidentielle sur BFMTV et RMC. Il a dénoncé « une calomnie dans Le Canard enchaîné« , ou encore « une enquête d’enfer pendant trois semaines, qui ne débouche sur rien ».

« Le dossier est vide », a dit François Fillon. « Si j’avais le moindre doute sur ma culpabilité je ne serais pas candidat à l’élection présidentielle », a ajouté le candidat, lui-même mis en examen.

Et dire que les enquêteurs et les juges perdent leur temps depuis des semaines sur une histoire qui n’en vaut pas la peine. Autant qu’ils arrêtent tous de travailler tout de suite. D’autant qu’une fois que lui, sa femme et toutes les personnes mises en cause dans cette enquête seront mis hors de cause, on peut compter sur François Fillon pour expliquer combien les fonctionnaires gâchent l’argent du contribuable. A tel point qu’il faut en mettre 500.000 au chômage.

Claude Angeli, la mémoire d’une époque

Si François Fillon est prompt à sauter sur un livre évoquant du bout des lèvres l’existence d’un cabinet noir politique, il y en a un sur lequel il fait silence. Et pour cause…

Ecrit par un journaliste du Canard, pourtant, ce livre-là rappelle les dérives de tous les présidents de la Vème république en matière d’écoutes variées.

« Les plaisirs du journalisme« , co-écrit par Claude Angeli et Pierre-Edouard Deldique de RFI présente dans sa première partie « Un Canard intolérable » tous les moyens utilisés par les différents dirigeants pour plomber le volatile.

 

Claude Angeli est l’un des rédacteurs en chef historiques du journal. Il a impulsé, avec d’autres, la migration vers le journalisme d’enquête du Canard. Il est une sorte de mémoire vivante de tous les coups tordus de la Vème république.

On se demande bien pourquoi François Fillon n’évoque pas les ressources publiques mises à contribution par les dirigeants français au fil des ans pour dégommer l’irrévérencieux volatile.

Dans son livre, Claude Angeli rappelle que déjà, Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur dans les années 70 utilisait les services de l’Intérieur mais également de l’armée pour :

« surveiller les activités révolutionnaires » d’individus présumés dangereux : gauchistes, membres d’organisations de commerçants, de syndicats, et contestataires de tout poil ».

Dès 1972, le ministre demande aux RG un rapport sur le Canard, ses journalistes, ses finances et ses sources. Le rapport ne donnant rien, les fonctionnaires des RG planqueront par la suite devant le journal pour surveiller les allées et venues… Sans plus de succès. Les deux lignes téléphoniques du journal de l’époque sont mises sur écoute. Les poubelles du journal sont récoltées et triées dans un hangar prêté par un éditeur de revues pornos. Les services du ministère de l’Intérieur  (la DST) tenteront également de placer des micros dans la salle de réunion de la rédaction mais seront surpris par un des salariés du journal (le dessinateur André Escaro) en plein travail…

Pour justifier la pose de micros, le fameux « journal » Valeurs Actuelles – le même qui a publié les bonnes feuilles de Bienvenue place Beauvau et sur lequel s’est appuyé Fillon, accuse plusieurs journalistes, dont Jean-Raoul Clémentin, Claude Angeli et Michel Gaillard (l’actuel patron du journal) d’être des « agents stipendiés au service de l’Union Soviétique, voire du parti communiste« .

Sous Giscard, c’est une enquête fiscale sans limite de temps et de moyens qui est réclamée par l’Elysée. Une démarche tellement dingo que Maurice Papon — le ministre du Budget — est obligé de signer un ordre écrit, le patron de la Direction générale des impôts en faisant la demande expresse. Les services des impôts auront beau chercher, ils ne trouveront aucune trace de la « caisse noire » (elle aussi) évoquée par les autorités et qui aurait servi à payer les informateurs du journal.

Dans la série des écoutes peu justifiables, Claude Angeli raconte comment Chirac a obtenu que les téléphones de Nicolas Sarkozy, alors patron de l’UMP, soient « branchés ». Surement l’oeuvre du fameux et perpétuel cabinet noir qui veut la peau de François Fillon…

Mieux… voici une histoire qui devrait passionner Fillon François, amateur de cabinets noirs :

« Le 29 septembre 2010, Didier Hassoux et Hervé Liffan en apportent la preuve dans le Canard : « Le directeur de cabinet de Fillon a signé une lettre classée « Confidentiel Défense » permettant […] aux services spécialisés de faire leurs courses dans les sociétés de téléphonie et d’obtenir les factures détaillées (surnommées les fadettes ») ou les enregistrements dits de « géolocalisation », et cela sans aucun contrôle.

Bref, François Fillon a une indignation à géométrie très variable des pratiques douteuses des propriétaires temporaires du pouvoir. Quand c’est le fait de son camp, ça n’existe pas Quand ce sont les socialo-communistes et les journalopes gauchiasse qui s’en prennent à ses agissements, c’est forcément le résultat d’une cabale montée par un cabinet noir à la solde de l’Elysée. Que fait la police ? Que fait la justice ?

L’une des conclusions de Claude Angeli, dans son livre, est que les politiques bénéficient globalement d’une forme d’impunité. Et il n’oublie pas de préciser que cette impunité est aussi due à la mansuétude des électeurs qui oublient de les sanctionner dans les urnes…

 

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